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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Gotton

Pierre-Jean de Béranger· 80 vers

Air des Cancans

Deux vieilles disaient tout bas :Belzébuth prend ses ébats.Voyez en robe, en manteau,Gotton servante au château.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Son maître est jouet d’un sort ;Oui, de l’enfer elle sort.Gageons que son brodequinNous cache un pied de bouquin.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Au vieux baron dès qu’elle eutFait abjurer son salut,Gotton, rouge de bonheur,Se créa dame d’honneur.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Bien que le chemin soit longDe la cuisine au salon,J’en viens, dit-elle, à mes fins !Dormons tard dans des draps fins.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Depuis lors, certain valet,N’ouvrant qu’un coin du volet,Au lit, d’un air échauffé,Porte à Gotton son café.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Au château tous empâtés,Que d’ânes elle a bâtés !Notre maire, qui la fait ?Gotton et le sous-préfet.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

À l’église, Dieu ! quel ton !Suisse, au banc menez Gotton,Pour lorgner le sacripantQu’elle-même a fait serpent.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Mais quoi ! l’infâme, aux jours gras,Du beau curé prend le bras ;L’appelle petit coquinEt l’habille en arlequin !

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

Elle a tout : meubles, chevaux,Bals, festins, atours nouveaux ;Riche, on l’accueille en tout lieu.Puis, courez donc prier Dieu !

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

L’enfer donne à ses suppôtsTrésors, plaisirs et repos :J’en conclus qu’il est écritQue Gotton est l’Antechrist.

C’est par-ci, c’est par-là,Trala, trala, tralala ;C’est par-ci, c’est par-là,C’est le diable en falbala.

80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources