Œuvres complètes de Béranger, 1839
Conseil aux belges
MAI 1831
Air de la République
Finissez-en, nos frères de Belgique,Faites-un roi, morbleu ! finissez-en.Depuis huit mois, vos airs de républiqueDonnent la fièvre à tout bon courtisan.D’un roi toujours la matière se trouve :C’est Jean, c’est Paul, c’est mon voisin, c’est moi.Tout œuf royal éclôt sans qu’on le couve.Faites un roi, morbleu ! faites un roi ;Faites un roi, faites un roi.
Quels biens sur vous un prince va répandre !D’abord viendra l’étiquette aux grands airs ;Puis des cordons et des croix à revendre ;Puis ducs, marquis, comtes, barons et pairs ;Puis un beau trône, en or, en soie, en nacre,Dont le coussin prête à plus d’un émoi.S’il plaît au ciel, vous aurez même un sacre.Faites un roi, morbleu ! faites un roi ;Faites un roi, faites un roi.
Puis vous aurez baisemains et parades,Discours et vers, feux d’artifice et fleurs ;Puis force gens qui se disent maladesDès qu’un bobo cause au roi des douleurs.Bonnet de pauvre et royal diadèmeOnt leur vermine : un dieu fit cette loi.Les courtisans rongent l’orgueil suprême.Faites un roi, morbleu ! faites un roi ;Faites un roi, faites un roi.
Chez vous pleuvront laquais de toute sorte ;Juges, préfets, gendarmes, espions ;Nombreux soldats pour leur prêter main-forte ;Joie à brûler un cent de lampions.Vient le budget ! nourrir Athène et SparteEût, en vingt ans, moins coûté, sur ma foi.L’ogre a dîné ; peuples, payez la carte.Faites un roi, morbleu ! faites un roi ;Faites un roi, faites un roi.
Mais, quoi ! je raille ; on le sait bien en France :J’y suis du trône un des chauds partisans.D’ailleurs l’histoire a répondu d’avance :Nous n’y voyons que princes bienfaisants.Pères du peuple, ils le font pâmer d’aise ;Plus il s’instruit, moins ils en ont d’effroi.Au bon Henri succède Louis-Treize.Faites un roi ! morbleu, faites un roi ;Faites un roi, faites un roi.
45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources