Œuvres complètes de Béranger, 1839
Jean de paris
Air : Cette chaumière-là vaut un palais
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris. (bis.)
Toujours, dit la chronique ancienne,Jean, sur son grand sabre, a sauté,Quand, de leur ville, avec la sienneDes sots comparaient la beauté :Proclamant sur son âme,En prose ainsi qu’en vers,Les tours de Notre-Dame,Centre de l’univers.
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.
S’il franchit la grande muraille ;S’il cocufie un mandarin ;Du peuple magot s’il se raille ;À Paris s’il revient grand train ;L’espoir qui le domine,C’est, chez son vieux portier,De parler de la ChineAux badauds du quartier.
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.
Je veux de l’or beaucoup et vite,Dit-il, au Pérou débarquant.À s’y fixer chacun l’invite :Me prend-on pour un trafiquant ?Loin de mes dix maîtresses,Fi de ce vil métal !Je préfère aux richessesParis et l’hôpital.
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.
À la guerre gaîment il vole,Pour la croix ou pour Saladin :Se bat, jure, pille et viole,Puis à Paris écrit soudain :« Que ma gloire s’étende« Du Louvre aux boulevards ;« Qu’un ramoneur y vende« Mon buste pour six liards. »
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.
En Perse, il prétend qu’une reineLui dit un soir : Je te fais roi.Soit ! répond-il ; mais pour ma peine,Jusqu’au Pont-Neuf viens avec moi.Pendant huit jours de fête,Tout Paris me verraMontrer, couronne en tête,Mon nez à l’Opéra.
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.
Jean de Paris, dans ta chronique,C’est nous qu’on peint, nous francs badauds.Quittons-nous cette ville unique,Nous voyageons Paris à dos.Quel amour incroyableMaintenant et jadis,Pour ces murs dont le diableA fait son paradis !
Ris et chante, chante et ris ;Prends tes gants et cours le monde ;Mais, la bourse vide ou ronde,Reviens dans ton Paris ;Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.
83 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources