Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Le cardinal et le chansonnier

LA FORCE, 1829

Pierre-Jean de Béranger· 48 vers

Air : Je vais bientôt quitter l’empire

Quel beau mandement vous nous faites !Prélat, il me comble d’honneur !Vous lisez donc mes chansonnettes ?Ah ! je vous y prends, Monseigneur. (bis.)Entre deux vins, souvent ma musePerdit son bandeau virginal.Petit péché, si son ivresse amuse.Qu’en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

Çà, que vous semble de LisetteQui dicta mes chants les plus doux ?Vous vous signez sous la barrette !Lise a vieilli ; rassurez-vous.Des jésuites elle raffole ;Et priant Dieu tant bien que mal,Pour leurs enfants Lise tient une école.Qu’en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

À chaque vers patriotique ,Je vous vois me faire un procès.Tout prélat se croit hérétiqueQui chez nous a le cœur français.Sans y moissonner, moi, pauvre homme,J’aime avant tout le sol natal,J’y tiens autant que vous tenez à Rome.Qu’en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

Puisque vous fredonnez mes rimes,Vous grand lévite ultramontain,N’y trouvez-vous pas des maximesDignes du bon Samaritain ?D’huile et de baume les mains pleines,Il eût rougi d’aigrir le mal.Ah ! d’un captif il n’eût vu que les chaînes.Qu’en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

Enfin, avouez qu’en mon livreDieu brille à travers ma gaîté.Je crois qu’il nous regarde vivre ;Qu’il a béni ma pauvreté.Sous les verroux, sa voix m’inspireUn appel à son tribunal.Des grands du monde elle m’enseigne à rire.Qu’en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

Au fond vous avez l’âme bonne.Pardonnez à l’homme de bien,Monseigneur, pour qu’il vous pardonneVotre mandement peu chrétien.Mais au Conclave on met la nappe ,Partez pour Rome à ce signal.Le Saint-Esprit fasse de vous un pape !Qu’en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources