Œuvres complètes de Béranger, 1839
Passez, jeunes filles
Dieu ! quel essaim de jeunes fillesPasse et repasse sous mes yeux !Au printemps toutes sont gentilles ;Toutes ; mais quoi ! me voilà vieux.Cent fois redisons-leur mon âge :Les cœurs jeunes sont insensés.Endossons le manteau du sage.Passez, jeunes filles, passez.
Voilà Zoé qui me regarde.Zoé, votre mère, entre nous,Dirait de combien je retardeQuand vient l’heure du rendez-vous.Pour un amant elle est sévère :S’il n’aime trop, il n’aime assez.Suivez les conseils d’une mère.Passez, jeunes filles, passez.
Votre grand’mère, aimable Laure,Des amours m’a transmis la loi.Elle veut l’enseigner encore,Bien qu’elle ait dix ans plus que moi.Au salon ou sur la pelouse,Laure, jamais ne m’agacez :Grand’maman est un peu jalouse.Passez, jeunes filles, passez.
Rose, vous daignez me sourire.Éprouvez-vous quelque accident ?Chez vous, la nuit, ai-je ouï dire,On surprit un noble imprudent.Mais la nuit fait place à l’aurore ;Aux maris gaîment vous chassez.Pour vous je suis trop jeune encore.Passez, jeunes filles, passez.
Passez vite, folles et belles ;Un doux feu cause votre émoi.Craignez que quelques étincellesN’arrivent de vous jusqu’à moi.Sous les murs d’une poudrièrePar le temps presque renversés,La main devant votre lumière,Passez, jeunes filles, passez.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources