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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Le feu du prisonnier

LA FORCE, 1829

Pierre-Jean de Béranger· 40 vers

Air du vaudeville de Taconnet

Combien le feu tient douce compagnieAu prisonnier, dans les longs soirs d’hiver !Seul avec moi se chauffe un bon Génie,Qui parle haut, rime ou chante un vieux air. (bis.)Il me fait voir, sur la braise animée,Des bois, des mers, un monde en peu d’instants, (bis.)Tout mon ennui s’envole à la fumée.Ô bon Génie, amusez-moi longtemps.

Jeune, il me fit rêver, pleurer, sourire ;Vieux, il me berce avec mes premiers jeux.Du doigt, dans l’âtre, il signale un navire :Je vois trois mâts sur des flots orageux.Le vaisseau vogue, et bientôt l’équipageSous un beau ciel saluera le printemps.Moi seul je reste enchaîné sur la plage.Ô bon Génie, amusez-moi longtemps.

Ici, que vois-je ? est-ce un aigle qui voleEt du soleil mesure la hauteur ?C’est un ballon : voici la banderole,Et la nacelle et le navigateur.L’audacieux, si la pitié l’inspire,Doit de ces murs plaindre les habitants.Libre là-haut, quel air pur il respire !Ô bon Génie, amusez-moi longtemps.

D’un canton suisse, ah ! voilà bien l’image :Glaciers, torrents, vallons, lacs et troupeaux.J’aurais dû fuir quand j’ai prévu l’orage ;La liberté, là, m’offrait le repos.Je franchirais ces monts à crête immense,Où je crois voir nos vieux drapeaux flottants.Mon cœur n’a pu s’arracher à la France.Ô bon Génie, amusez-moi longtemps.

Dans mon désert encor quelque mirage !Génie, allons sur ces coteaux boisés.En vain tout bas on me dit : Deviens sage ;Plie un genou, tes fers seront brisés.Vous, qui, bravant le geôlier qui nous guette,Me rendez jeune à près de cinquante ans,Sur ce brasier, vite, un coup de baguette.Ô bon Génie, amusez-moi longtemps.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources