Œuvres complètes de Béranger, 1839
Mes jours gras de 1829
Air : Dis-moi donc, mon p’tit Hippolyte
Mon bon Roi, Dieu vous tienne en joie !Bien qu’en butte à votre courroux,Je passe encor, grâce à Bridoie ,Un carnaval sous les verroux.Ici fallait-il que je vinssePerdre des jours vraiment sacrés !J’ai de la rancune de prince :Mon bon Roi, vous me le paierez.
Dans votre beau discours du trône ,Méchant, vous m’avez désigné.C’est me recommander au prône ;Aussi me suis-je résigné.Mais triste et seul, quand j’entends rireTout Paris en joyeux émoi,Je reprends goût à la satire :Vous me le paierez, mon bon Roi.
Voyez, verre en main, bouche pleine,Fous déguisés de vingt façons,Mes amis m’oublier sans peine,Tout en répétant mes chansons.Avec eux, ma verve en démenceEût perdu ses traits acérés.J’aurais pu boire à la clémence :Mon bon Roi, vous me le paierez.
Vous connaissez Lise la folle,Qui sur mes fers pleure d’ennui ;Ce soir même un bal la console :« Bah ! dit-elle ; tant pis pour lui ! »J’allais, pour complaire à la belle,Nous peindre heureux sous votre loi ;Serviteur ! Lise est infidèle :Vous me le paierez, mon bon Roi.
Dans mon vieux carquois où font brècheLes coups de vos juges maudits,Il me reste encore une flèche ;J’écris dessus : Pour Charles-Dix.Malgré ce mur qui me désole,Malgré ces barreaux si serrés,L’arc est tendu, la flèche vole :Mon bon Roi, vous me le paierez.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources