Œuvres complètes de Béranger, 1839
La bonne maman
À UNE DAME DE TRENTE ANS, QUE L’AUTEUR APPELAIT SA GRAND’MÈRE
Air : J’étais bon chasseur autrefois
Au dire du proverbe ancien,L’amitié ne remonte guère.Bon petit-fils, je n’en crois rienQuand je pense à vous, ma grand’mère :Ces titres, quelquefois si doux,Vous paraîtraient-ils insipides ?Bonne maman, consolez-vous ;Vous n’avez point encor de rides.
L’âge a-t-il éteint vos désirs ?Blâmez-vous les tendres chimères ?Censurer les plus doux plaisirsEst le plaisir de nos grand’mères.Les ans font-ils neiger sur nous,À nos yeux tout se décolore.Bonne maman, consolez-vous ;Vous ne blanchissez point encore.
L’amour a peur des grand’mamans ;Mais, à prix d’or, combien de vieillesOnt à leurs gages des amantsDont les missives font merveilles !On sait, pour lire un billet doux,Quel moyen prennent ces coquettes.Bonne maman, consolez-vous ;Vous lisez encor sans lunettes.
Quoi ! Sans rides, sans cheveux blancs,Et sans lunettes à votre âge !Voyons si vos genoux tremblantsDes ans n’attestent pas l’outrage.Oui, je vois trembler vos genouxQue l’Amour tendrement caresse.Bonne maman, consolez-vous ;Prenez un bâton de vieillesse.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources