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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

La mort de Charlemagne

Pierre-Jean de Béranger· 49 vers

Air : Le bruit des roulettes gâte tout

Dans le vieux Roman de la RoseJ’ai vu que le fils de Pépin,Redoutant son apothéose,Disait à l’évêque Turpin :« Prélat, sois bon à quelque chose ;« L’âge m’accable, guéris-moi. »« Oui, lui dit Turpin, et vive le roi ! » (bis.)

« Turpin, sais-tu qu’on me répète« Ce mot-là depuis bien longtemps ? »Turpin répond : « J’ai la recette« D’un cœur de vierge de vingt ans.« Fleur de vingt ans, vertu parfaite,« Vous rajeunira, sur ma foi.« Sauvons la patrie, et vive le roi ! »

Vite un décret de CharlemagneMet un haut prix à ce trésor,On cherche à Rome, en Allemagne ;Même en France on le cherche encor.Les curés cherchaient en campagne,Disant : « Ce prince plein de foi« Doublera la dîme, et vive le roi ! »

Turpin d’abord trouve lui-mêmeCœur de vingt ans non profané ;Mais un bon moine de TélèmeLe croque à l’instant sous son nez.Quoi ! sans respect du diadème ?« Oui, dit le moine, c’est ma loi.« L’église avant tout, et vive le roi ! »

Un juge, espérant la simarre,Loin de Paris cherche si bien,Qu’il découvre aussi l’oiseau rareQu’attendait le roi très-chrétien.Un seigneur dit : Je m’en empare ;« Le droit de jambage est à moi.« Tout pour la noblesse, et vive le roi ! »

« Je serai duc ! » s’écrie un page,Dénichant enfin à son tourFille de vingt ans neuve et sage,Que soudain il mène à la cour.On illumine à son passage ;Et le peuple, qui sait pourquoi,Chante un te deum, et vive le roi !

Mais, en voyant le doux remède,Le roi dit : « C’est l’esprit malin.« Fi donc ! cette vierge est trop laide ;« Mieux vaut mourir comme un vilain. »Or, il meurt, son fils lui succède,Et Turpin répète au convoi :« Vite, qu’on l’enterre, et vive le roi ! »

49 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources