Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le ventru aux élections de 1819
Air : Faut d’la vertu, pas trop n’en faut
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Électeurs, j’ai, sans nul mystère,Fait de bons dîners l’an passé.On met la table au ministère ;Renommez-moi, je suis pressé.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Préfets, que tout nous réussisse,Et du moins vous conserverez,Si l’on vous traduit en justice,Le droit de choisir les jurés.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Maires, soignez bien mes affaires :Vous courez aussi des dangers.Si les villes nommaient leurs maires,Moins de loups deviendraient bergers.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Dévots, j’ai la foi la plus forte ;À Dieu je dis chaque matin :Faites qu’à cent écus l’on porteLa patente d’ignorantin.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Ultras, c’est moi qu’il faut qu’on nomme ;Faisons la paix, preux chevaliers :N’oubliez pas que je suis hommeÀ manger à deux râteliers.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Libéraux, dans vos doléances,Pourquoi donc vous en prendre à moi,Quand le creuset des ordonnancesPeut faire évaporer la loi ?
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
Les emplois étant ma ressourceAux impôts dois-je m’opposer ?Par honneur je remplis la bourseOù par devoir j’aime à puiser.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
On craindrait l’équité faroucheD’un tas d’orateurs éclatants ;Moi, dès que j’ouvrirai la bouche,Les ministres seront contents.
Autour du pot c’est trop tourner,Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.
50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources