Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le chasseur et la laitière
L’alouette à peine éveilléeChante l’aurore d’un beau jour ;Suis le chasseur sous la feuillée,Laitière ; il parlera d’amour.Dans la rosée allons, ma chère,Cueillir pour toi fleurs du printemps.‒ Non, beau chasseur, je crains ma mère.Je ne veux pas perdre mon temps.
Ta mère et sa chèvre fidèleSont loin derrière ce coteau.Écoute une chanson nouvelleQui vient des dames du château.Fille qui la peut faire entendreDoit fixer les plus inconstants.‒ Chasseur, j’en sais une aussi tendre.Je ne veux pas perdre mon temps.
Pour la dire apprends l’aventureDu spectre d’un baron jaloux,Entraînant à sa sépultureLa beauté dont il fut l’époux.Ce récit, quand la nuit est noire,Fait frissonner les assistants.‒ Chasseur, je connais cette histoire.Je ne veux pas perdre mon temps.
Je puis t’enseigner des prièresPour charmer la fureur des loups,Ou pour conjurer des sorcièresL’œil malfaisant tourné vers nous.Crains qu’une vieille, en sa misère,Ne jette un sort sur ton printemps.‒ Chasseur, n’ai-je pas un rosaire ?Je ne veux pas perdre mon temps.
Eh bien ! vois cette croix qui brille ;Compte ses rubis précieux.Sur le sein d’une jeune filleElle attirerait tous les yeux.Prends-la malgré ce qu’elle coûte ;Mais songe au prix que j’en attends !‒ Qu’elle est belle ! ah ! je vous écoute.Ce n’est pas là perdre mon temps.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources