Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le prisonnier de guerre
Air : Chante, chante, troubadour, chante (de ROMAGNÉSI)
Marie, enfin quitte l’ouvrage,Voici l’étoile du berger.‒ Ma mère, un enfant du villageLanguit captif chez l’étranger :Pris sur mer, loin de sa patrie,Il s’est rendu, mais le dernier.
File, file, pauvre Marie,Pour secourir le prisonnier ;File, file, pauvre Marie,File, file pour le prisonnier.
Tu le veux, ma lampe s’allume.Eh quoi ! ma fille, encor des pleurs !‒ D’ennui, ma mère, il se consume ;L’Anglais insulte à ses malheurs.Tout jeune, Adrien m’a chérie ;Il égayait notre foyer.
File, file, pauvre Marie,Pour secourir le prisonnier ;File, file, pauvre Marie,File, file pour le prisonnier.
Pour lui je filerais moi-même,Mon enfant ; mais j’ai tant vieilli !‒ Envoyez à celui que j’aimeTout le gain par moi recueilli.Rose à sa noce en vain me prie :Dieu ! j’entends le ménétrier !
File, file, pauvre Marie,Pour secourir le prisonnier ;File, file, pauvre Marie,File, file pour le prisonnier.
Plus près du feu file, ma chère ;La nuit vient refroidir le temps.‒ Adrien, m’a-t-on dit, ma mère,Gémit dans des cachots flottants.On repousse la main flétrieQu’il étend vers un pain grossier.
File, file, pauvre Marie,Pour secourir le prisonnier ;File, file, pauvre Marie,File, file pour le prisonnier.
Ma fille, j’ai naguère encoreRêvé qu’il était ton époux.Même avant la trentième auroreMes rêves s’accomplissent tous.‒ Quoi ! l’herbe à peine refleurieVerra le retour du guerrier !
File, file, pauvre Marie,Pour secourir le prisonnier ;File, file, pauvre Marie,File, file pour le prisonnier.
50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources