Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le sacre de Charles-le-simple
Air : Du beau Tristan (de BEAUPLAN)
Français, que Reims a réunis,Criez : Montjoie et Saint-Denis !On a refait la sainte ampoule,Et, comme au temps de nos aïeux,Des passereaux lâchés en fouleDans l’église volent joyeux.D’un joug brisé ces vains présagesFont sourire sa majesté.Le peuple s’écrie : Oiseaux, plus que nous soyez sages ;Gardez bien, gardez bien votre liberté, (bis.)
Puisqu’aux vieux us on rend leurs droits,Moi, je remonte à Charles-Trois.Ce successeur de CharlemagneDe Simple mérita le nom ;Il avait couru l’AllemagneSans illustrer son vieux pennon.Pourtant à son sacre on se presse :Oiseaux et flatteurs ont chanté.Le peuple s’écrie : Oiseaux, point de folle allégresse ;Gardez bien, gardez bien votre liberté.
Chamarré de vieux oripeaux,Ce roi, grand avaleur d’impôts,Marche entouré de ses fidèles,Qui tous, en des temps moins heureux,Ont suivi les drapeaux rebellesD’un usurpateur généreux.Un milliard les met en haleine :C’est peu pour la fidélité.Le peuple s’écrie : Oiseaux, nous payons notre chaîne ;Gardez bien, gardez bien votre liberté.
Aux pieds de prélats cousus d’or,Charles dit son Confiteor.On l’habille, on le baise, on l’huile,Puis, au bruit des hymnes sacrés,Il met la main sur l’Évangile.Son confesseur lui dit : « Jurez.« Rome, que l’article concerne,« Relève d’un serment prêté. »Le peuple s’écrie : Oiseaux, voilà comme on gouverne ;Gardez bien, gardez bien votre liberté.
De Charlemagne, en vrai luron,Dès qu’il a mis le ceinturon,Charles s’étend sur la poussière.« Roi ! crie un soldat, levez-vous !« Non, dit l’évêque ; et, par saint Pierre,« Je te couronne, enrichis-nous.« Ce qui vient de Dieu vient des prêtres.« Vive la légitimité ! »Le peuple s’écrie : Oiseaux, notre maître a des maîtres ;Gardez bien, gardez bien votre liberté.
Oiseaux, ce roi miraculeuxVa guérir tous les scrofuleux.Fuyez, vous qui, de son cortége,Dissipez seuls l’ennui mortel :Vous pourriez faire un sacrilégeEn voltigeant sur cet autel.Des bourreaux sont les sentinellesQue pose ici la piété.Le peuple s’écrie : Oiseaux, nous envions vos ailes ;Gardez bien, gardez bien votre liberté, (bis.)
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources