Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le tournebroche
Air : Le bruit des roulettes gâte tout
Du dîner j’aime fort la cloche,Mais on la sonne en peu d’endroits ;Plus qu’elle aussi le tournebrocheÀ nos hommages a des droits.Combien d’ennemis il rapprocheChez le prince et chez le bourgeois !À son doux tic tac un jour les partisSigneront la paix entre deux rôtis.
Qu’on reprenne sur la musiqueLes querelles du temps passé ;Que par l’Amphion italiqueLe grand Mozart soit terrassé ;Je ne tiens qu’au refrain bachiquePar le tourne-broche annoncé.À son doux tic tac un jour les partisSigneront la paix entre deux rôtis.
Lorsque la Fortune à sa roueAttache mille ambitieux,Les précipite dans la boueOu les élève jusqu’aux cieux,C’est la broche, moi je l’avoue,Dont la roue attire mes yeux.À son doux tic tac un jour les partisSigneront la paix entre deux rôtis.
Une montre, admirable ouvrage,Des heures décrivant le cours,Règle, sans en charmer l’usage,Le cercle borné de nos jours ;Le tournebroche a l’avantageD’embellir des instants trop courts.À son doux tic tac un jour les partisSigneront la paix entre deux rôtis.
Ce meuble, suivant maint vieux conte,A manqué seul à l’âge d’or ;C’est l’amitié qui, pour son compte,Dut en inventer le ressort.Vivent ceux que sa main remonte !Mais gloire à celui du trésor !À son doux tic tac un jour les partisSigneront la paix entre deux rôtis.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources