Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les sciences
Fatigué des clartés confusesQui m’ont égaré bien souvent,J’allais bannir amours et muses ;J’allais vouloir être savant.Mais quoi ! pour une âme incertaineLa science est d’un vain secours.Gardons Lisette et La Fontaine :Muses, restez ; restez, Amours.
La nature était mon Armide ;Dans ses jardins j’errais surpris :Mais un chimiste moins timideRègne en vainqueur sur leurs débris.Dans son fourneau rien qu’il ne jette ;Des gaz il poursuit le concours.Ma fée y perdrait sa baguette :Muses, restez ; restez, Amours.
J’ai regret aux contes de vieilleQuand un docteur dit qu’à sa voixLes morts lui viennent à l’oreilleDe la vie expliquer les lois.De la lampe il voit la matière,Les ressorts, le fond, les contours ;Je n’en veux voir que la lumière.Muses, restez ; restez, Amours.
Enfin aux calculs qu’on entasseSi les cieux n’obéissaient pas :Plus d’une erreur passe et repasseEntre les branches d’un compas.Un siècle a changé la physique ;Nos temps sont féconds en retours.Je crains que le soleil n’abdique :Muses, restez ; restez, Amours.
Enivrons-nous de poésie,Nos cœurs n’en aimeront que mieux ;Elle est un reste d’ambroisieQu’aux mortels ont laissé les dieux.Quel est sur moi le froid qui tombe !C’est le froid du soir de mes jours.Promettez un rêve à ma tombe :Muses, restez ; restez. Amours.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources