Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les filles
À UN AMI QUE SA FEMME VENAIT DE RENDRE PÈRE D’UNE QUATRIÈME FILLE
Air : Verdrillon, verdrillette, verdrille
Quand des filles naissent chez vousPour le plaisir de ce monde,Dites-moi, messieurs les époux,Pourquoi chacun de vous gronde.Aux filles, morbleu ! nous tenons ;Faites-en, faites-en de gentilles :Qu’elles soient anges ou démons,Faites des filles ;Nous les aimons.
Maris, toujours trop occupés,Que, près des gens qui vous aident,Aux femmes qui vous ont trompésUn jour vos filles succèdent.Aux filles, morbleu ! nous tenons ;Faites-en, faites-en de gentilles :Qu’elles soient anges ou démons,Faites des filles ;Nous les aimons.
Pour les pères, pour les amants,Fille d’humeur folle ou sageAjoute aux charmes des beaux ans,Ôte à l’ennui du vieil âge.À leur cœur aussi nous tenons ;Faites-en, faites-en de gentilles :Qu’elles soient anges ou démons,Faites des filles ;Nous les aimons.
Pour Batyle aux fraîches couleursQuand Anacréon détonne,Les Grâces arrachent les fleursDont cet enfant le couronne.Aux filles nous nous en tenons ;Faites-en, faites-en de gentilles :Qu’elles soient anges ou démons,Faites des filles ;Nous les aimons.
Mais pour quatre filles buvonsÀ toi, mari, qui nous aimes.Pour nos fils nous te le devons ;Que n’est-ce, hélas ! pour nous-mêmes !À vos filles, oui, nous tenons ;Faites-en, faites-en de gentilles :Qu’elles soient anges ou démons,Faites des filles ;Nous les aimons.
45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources