Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les hirondelles
Air de la romance de Joseph
Captif au rivage du Maure,Un guerrier, courbé sous ses fers,Disait : Je vous revois encore,Oiseaux ennemis des hivers.Hirondelles, que l’espéranceSuit jusqu’en ces brûlants climats,Sans doute vous quittez la France :De mon pays ne me parlez-vous pas ?
Depuis trois ans je vous conjureDe m’apporter un souvenirDu vallon où ma vie obscureSe berçait d’un doux avenir.Au détour d’une eau qui chemineÀ flots purs, sous de frais lilas,Vous avez vu notre chaumine :De ce vallon ne me parlez-vous pas ?
L’une de vous peut-être est néeAu toit où j’ai reçu le jour ;Là d’une mère infortunéeVous avez dû plaindre l’amour.Mourante, elle croit à toute heureEntendre le bruit de mes pas ;Elle écoute, et puis elle pleure.De son amour ne me parlez-vous pas ?
Ma sœur est-elle mariée ?Avez-vous vu de nos garçonsLa foule, aux noces conviée,La célébrer dans leurs chansons ?Et ces compagnons du jeune âge,Qui m’ont suivi dans les combats,Ont-ils revu tous le village ?De tant d’amis ne me parlez-vous pas ?
Sur leurs corps l’étranger peut-êtreDu vallon reprend le chemin ;Sous mon chaume il commande en maître ;De ma sœur il trouble l’hymen.Pour moi plus de mère qui prie,Et par-tout des fers ici-bas.Hirondelles de ma patrie,De ses malheurs ne me parlez-vous pas ?
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources