Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les révérends pères
DÉCEMBRE 1819
Air : Bonjour, mon ami Vincent
Hommes noirs, d’où sortez-vous ?Nous sortons de dessous terre.Moitié renards, moitié loups,Notre règle est un mystère.Nous sommes fils de Loyola ;Vous savez pourquoi l’on nous exila.Nous rentrons ; songez à vous taire !Et que vos enfants suivent nos leçons.C’est nous qui fessons,Et qui refessonsLes jolis petits, les jolis garçons.
Un pape nous abolit ;Il mourut dans les coliques.Un pape nous rétablit ;Nous en ferons des reliques.Confessons, pour être absolus :Henri Quatre est mort, qu’on n’en parle plus.Vivent les rois bons catholiques !Pour Ferdinand Sept nous nous prononçons.Et puis nous fessons,Et nous refessonsLes jolis petits, les jolis garçons.
Par le grand homme du jourNos maisons sont protégées.Oui, d’un baptême de courVoyez en nous les dragées.Le favori, par tant d’égards,Espère acquérir de pieux mouchards.Encor quelques lois de changées,Et, pour le sauver, nous le renversons.Et puis nous fessons,Et nous refessonsLes jolis petits, les jolis garçons.
Si tout ne changeait dans peu,Si l’on croyait la canaille,La Charte serait de feu,Et le monarque de paille.Nous avons le secret d’en haut :La Charte de paille est ce qu’il nous faut.C’est litière pour la prêtraille ;Elle aura la dîme, et nous les moissons.Et puis nous fessons,Et nous refessonsLes jolis petits, les jolis garçons.
Du fond d’un certain palaisNous dirigeons nos attaques.Les moines sont nos valets :On a refait leurs casaques.Les missionnaires sont tousCommis voyageurs trafiquant pour nous.Les capucins sont nos cosaques :À prendre Paris nous les exerçons.Et puis nous fessons,Et nous refessonsLes jolis petits, les jolis garçons.
Enfin reconnaissez-nousAux âmes déjà séduites.Escobar va sous nos coupsVoir vos écoles détruites.Au pape rendez tous ses droits ;Léguez-nous vos biens, et portez nos croix.Nous sommes, nous sommes jésuites ;Français, tremblez tous : nous vous bénissons !Et puis nous fessons,Et nous refessonsLes jolis petits, les jolis garçons.
66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources