Œuvres complètes de Béranger, 1839
Rosette
Air nouveau de M. de BEAUPLAN
Sans respect pour votre printemps,Quoi ! vous me parlez de tendresse,Quand sous le poids de quarante ansJe vois succomber ma jeunesse !Je n’eus besoin pour m’enflammerJadis que d’une humble grisette.Ah ! que ne puis-je vous aimerComme autrefois j’aimais Rosette !
Votre équipage, tous les joursVous montre en parure brillante.Rosette, sous de frais atours,Courait à pied, leste et riante.Par-tout ses yeux, pour m’alarmer,Provoquaient l’œillade indiscrète.Ah ! que ne puis-je vous aimerComme autrefois j’aimais Rosette !
Dans le satin de ce boudoir,Vous souriez à mille glaces.Rosette n’avait qu’un miroir ;Je le croyais celui des Grâces.Point de rideaux pour s’enfermer ;L’aurore égayait sa couchette.Ah ! que ne puis-je vous aimerComme autrefois j’aimais Rosette !
Votre esprit, qui brille éclairé,Inspirerait plus d’une lyre.Sans honte je vous l’avoûrai :Rosette à peine savait lire.Ne pouvait-elle s’exprimer,L’amour lui servait d’interprète.Ah ! que ne puis-je vous aimerComme autrefois j’aimais Rosette !
Elle avait moins d’attraits que vous ;Même elle avait un cœur moins tendre :Oui, ses yeux se tournaient moins douxVers l’amant heureux de l’entendre.Mais elle avait, pour me charmer,Ma jeunesse que je regrette.Ah ! que ne puis-je vous aimerComme autrefois j’aimais Rosette !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources