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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Les troubadours

Pierre-Jean de Béranger· DITHYRAMBE· 78 vers

Air : Je commence à m’apercevoir

J’entonne sur les troubadoursUn chant dithyrambique.Malgré goût et logique,Coulez, vers longs, moyens et courts.Momus sommeille,Qu’on le réveille ;Gai farfadet, qu’il rie à notre oreille.Laissons, malgré maux et douleurs,L’espérance essuyer nos pleurs :Lisette, apporte et du vin et des fleurs.Narguant des lois sévères,Troubadours et trouvèresAu nez des rois vidaient gaîment leurs verres.

Toi, doux rimeur que la beautéMène par la lisière,Unis parfois le lierreAux roses de la volupté.Coupe rempliePar la FolieMet en gaîté femme tendre et jolie.La colombe d’Anacréon,Dans la coupe de ce barbon,Buvait d’un vin père de la chanson.Narguant des lois sévères,Troubadours et trouvèresAu nez des rois vidaient gaîment leurs verres.

Toi qui fais de religionParade à chaque rime,Qui sur la double cimeFais grimper la procession,Ta muse en masqueEst lourde et flasque :Mais qu’un tendron te tire par la basque,Tu lui souris ; et le bon vinPour toi ne vieillit pas en vain,Beau joueur d’orgue au service divin.Narguant des lois sévères,Troubadours et trouvèresAu nez des rois vidaient gaîment leurs verres.

Toi qui prends Boileau pour psautier,Du joug je te délie.Veux-tu, près de Thalie,De Regnard être l’héritier ?De cette museParfois abuse ;Enivre-la ; Molière est ton excuse.Elle naquit sur un tonneau :Pour lui rendre un éclat nouveau,Puise la joie au fond de son berceau.Narguant des lois sévères,Troubadours et trouvèresAu nez des rois vidaient gaîment leurs verres.

Du romantisme jeune appui,Descends de tes nuages ;Tes torrents, tes orages,Ceignent ton front d’un pâle ennui.Mon camarade,Tiens, bois rasade ;C’est un julep pour ton cerveau malade.Entre naître et mourir, hélas !Puisqu’on ne fait que quelques pas,On peut aller de travers ici-bas.Narguant des lois sévères,Troubadours et trouvèresAu nez des rois vidaient gaîment leurs verres.

Oui, trouvères et troubadoursSablaient force champagne.Mais je bats la campagne ;L’ode et le vin font de ces tours.Le ciel nous doteD’une marotteTour à tour grave, et quinteuse et falote.Le soleil s’est levé joyeux,Le front barbouillé de vin vieux.Ah ! tout poëte est le jouet des dieux.Narguant des lois sévères,Troubadours et trouvèresAu nez des rois vidaient gaîment leurs verres.

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources