Œuvres complètes de Béranger, 1839
Maudit printemps
Air : C’est à mon maître en l’art de plaire
Je la voyais de ma fenêtreÀ la sienne tout cet hiver :Nous nous aimions sans nous connaître ;Nos baisers se croisaient dans l’air.Entre ces tilleuls sans feuillage,Nous regarder comblait nos jours.Aux arbres tu rends leur ombrage ;Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
Il se perd dans leur voûte obscureCet ange éclatant qui là basM’apparut, jetant la pâtureAux oiseaux un jour de frimas :Ils l’appelaient, et leur manégeDevint le signal des amours.Non, rien d’aussi beau que la neige !Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
Sans toi je la verrais encore,Lorsqu’elle s’arrache au repos,Fraîche comme on nous peint l’AuroreDu Jour entr’ouvrant les rideaux.Le soir encor je pourrais dire :Mon étoile achève son cours ;Elle s’endort, sa lampe expire.Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
C’est l’hiver que mon cœur implore :Ah ! je voudrais qu’on entendîtTinter sur la vitre sonoreLe grésil léger qui bondit.Que me fait tout ton vieil empire,Tes fleurs, tes zéphyrs, tes longs jours ?Je ne la verrai plus sourire.Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources