Œuvres complètes de Béranger, 1839
Complainte d’une de ces demoiselles
À L’OCCASION DES AFFAIRES DU TEMPS NOVEMBRE 1816
AIR : Faut d’ la vertu, pas trop n’en faut
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
Du métier d’ fille j’ me dégoûte :C’ commerce n’ rapporte plus rien.Mais si l’ public nous fait banquʼroute,C’est qu’ les affaires n’ vont pas bien.
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
Au bonheur on fait semblant d’ croire ;Mais j’en jug’ mieux qu’ tous les flatteurs.Si d’ la cour je n’ savais l’histoire,J’ croirais quasi qu’on a des mœurs.
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
Nous servions d’ maîtress’ et d’ modèlesÀ nos peintres gorgés d’écus.J’ crois qu’à leux femmʼs y sont fidèlesDʼpuis qu’ les modèles n’ servent plus.
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
Quand gn’a pas l’ moindr’ profit-z à faireSur tant d’ réformés mécontents,Les juges pʼt-êtr’ fʼraient not’ affaire ;Mais l’ roi n’leux en laisse pas l’ temps.
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
Enfin je n’ trouvons plus not’ compteAvec nos braves qu’ l’on vexa.Vu leux misère, y aurait d’ la honteÀ leux dʼmander queuq’ chos’ pour ça.
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
Heureusʼment qu’ monsieur La…À nous servir s’est-z engagé :Comme un diable, y s’ démène, y criePour qu’on rend’ les biens du clergé.
Faut qu’ lord Villain-ton ait tout pris,Gn’a plus d’argent dans c’ gueux d’ Paris.
38 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources