Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les deux sœurs de charité
Air de la Treille de sincérité
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité. (bis.)
Vierge défunte, une sœur grise,Aux portes des cieux rencontraUne beauté leste et bien miseQu’on regrettait à l’Opéra. (bis.)Toutes deux dignes de louanges,Arrivaient après d’heureux jours,L’une sur les ailes des anges,L’autre dans les bras des amours.
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité.
Là-haut, saint Pierre en sentinelle,Après un Ave pour la sœur,Dit à l’actrice : On peut, ma belle,Entrer chez nous sans confesseur.Elle s’écrie : Ah ! quoique bonne,Mon corps à peine est inhumé !Mais qu’à mon curé Dieu pardonne ;Hélas ! il n’a jamais aimé.
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité.
Dans les palais et sous le chaume,Moi, dit la sœur, j’ai de mes mainsDistillé le miel et le baumeSur les souffrances des humains.Moi, qui subjuguais la puissance,Dit l’actrice, j’ai bien des foisFait savourer à l’indigenceLa coupe où s’enivraient les rois.
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité.
Oui, reprend la sainte colombe,Mieux qu’un ministre des autels,À descendre en paix dans la tombeMa voix préparait les mortels.Offrant à ceux qui m’ont suivie,Dit la nymphe, une douce erreur,Moi, je faisais chérir la vie :Le plaisir fait croire au bonheur.
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité.
Aux bons cœurs, ajoute la nonne,Quand mes prières s’adressaient,Du riche je portais l’aumôneAux pauvres qui me bénissaient.Moi, dit l’autre, par la détresseVoyant l’honnête homme abattu,Avec le prix d’une caresse,Cent fois j’ai sauvé la vertu.
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité.
Entrez, entrez, ô tendres femmes !Répond le portier des élus :La charité remplit vos âmes ;Mon Dieu n’exige rien de plus.On est admis dans son empire,Pourvu qu’on ait séché des pleurs,Sous la couronne du martyre,Ou sous des couronnes de fleurs.
Dieu lui-mêmeOrdonne qu’on aime.Je vous le dis, en vérité :Sauvez-vous par la charité.
76 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources