Œuvres complètes de Béranger, 1839
L’ermite et ses saints
ADRESSÉS À M. DE JOUY, LE JOUR DE SA FÊTE
AIR : Rassurez-vous, ma mie
On va rouvrir la Sorbonne ;L’église attend ses décrets :On ne brûle encor personne,Mais les fagots sont tout prêts.Par bonheur chez nous habiteUn saint d’un esprit plus doux.Ermite, bon ermite,Priez, priez pour nous !
Des prêtres, grands catholiques,L’ont instruit à servir Dieu.Il tient aux mêmes reliquesQu’aimait l’abbé de Chaulieu.À l’amour sa muse invite :Par lui nous serons absous.Ermite, bon ermite,Priez, priez pour nous !
Rabelais, ce fou si sage,Lui légua, par parenté,Un capuchon dont l’usageEn fait un sage en gaîté.Contre la gent hypocriteVoyez son malin courroux.Ermite, bon ermite,Priez, priez pour nous !
Ce n’est tout son patrimoine ;Car, pour être chansonnier,De Lattaignant, gai chanoine,Il choisit le bénitier.Mais de ses refrains, qu’on cite,Lattaignant serait jaloux.Ermite, bon ermite,Priez, priez pour nous !
Il lui manquait un bréviaire ;Le bon ermite, à dessein,Prit les œuvres de Voltaire,Qui se disait capucin.Grâce à l’auteur qu’il médite,Il sait charmer tous les goûts.Ermite, bon ermite,Priez, priez pour nous !
De tels saints suivant les tracesSur son gai califourchon,Il laisse fourrer aux GrâcesDes fleurs sous son capuchon.À l’aimer tout nous invite ;Avec lui sauvons-nous tous.Ermite, bon ermite,Priez, priez pour nous !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources