Œuvres complètes de Béranger, 1839
L’exilé
JANVIER 1817
AIR : Ermite, bon ermite
À d’aimables compagnesUne jeune beautéDisait : dans nos campagnesRègne l’humanité.Un étranger s’avance,Qui, parmi nous errant,Redemande la FranceQu’il chante en soupirant.D’une terre chérieC’est un fils désolé.Rendons une patrie,Une patrieAu pauvre exilé.
Près d’un ruisseau rapideVers la France entraîné,Il s’assied, l’œil humide,Et le front incliné.Dans les champs qu’il regretteIl sait qu’en peu de joursCes flots que rien n’arrêteVont promener leur cours.D’une terre chérieC’est un fils désolé.Rendons une patrie,Une patrieAu pauvre exilé.
Quand sa mère, peut-êtreImplorant son retour,Tombe aux genoux d’un maîtreQue touche son amour ;Trahi par la victoire,Ce proscrit, dans nos bois,Inquiet de sa gloire,Fuit la haine des rois.D’une terre chérieC’est un fils désolé.Rendons une patrie,Une patrieAu pauvre exilé.
De rivage en rivageQue sert de le bannir ?Partout de son courageIl trouve un souvenir.Sur nos bords, par la guerreTant de fois envahis,Son sang même a naguèreCoulé pour son pays.D’une terre chérieC’est un fils désolé.Rendons une patrie,Une patrieAu pauvre exilé.
Dans nos destins contraires,On dit qu’en ses foyersIl recueillit nos frèresVaincus et prisonniers.De ces temps de conquêtesRappelons-lui le cours ;Qu’il trouve ici des fêtes,Et surtout des amours.D’une terre chérieC’est un fils désolé.Rendons une patrie,Une patrieAu pauvre exilé.
Si notre accueil le touche,Si, par nous abrité,Il s’endort sur la coucheDe l’hospitalité ;Que par nos voix légèresCe Français réveilléSous le toit de ses pèresCroie avoir sommeillé.D’une terre chérieC’est un fils désolé.Rendons une patrie,Une patrieAu pauvre exilé.
78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources