Œuvres complètes de Béranger, 1839
La rêverie
AIR : La Signora malade
Loin d’une iris volageQu’un seigneur m’enlevait,Au printemps, sous l’ombrage,Un jour mon cœur rêvait.Privé d’une infidèle,Il rêvait qu’une autre belleVolait à mon secours.Venez, venez, venez, mes amours ! (bis.)
Cette belle était tendre,Tendre et fière à la fois ;Il me semblait l’entendreSoupirer dans les bois.C’était une princesseQui respirait la tendresseLoin de l’éclat des cours.Venez, venez, venez, mes amours !
Je l’entendais se plaindreDu poids de la grandeur.Cessant de me contraindre,Je lui peins mon ardeur.Mes yeux versent des larmes,Ravis de voir tant de charmesSous de si beaux atours.Venez, venez, venez, mes amours !
Telle était la merveilleDont je flattais mes sens,Quand soudain mon oreilleS’ouvre aux plus doux accents.Si c’est vous, ma princesse,Des roses de la tendresseVenez semer mes jours.Venez, venez, venez, mes amours !
Mais non, c’est la coquetteDu village voisin,Qui m’offre une conquêteEn corset de basin.Grandeurs, je vous oublie !Cette fille est si jolie !Ses jupons sont si courts !Venez, venez, venez, mes amours !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources