Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le vin et la coquette
AIR : Je vais bientôt quitter l’empire
Amis, il est une coquetteDont je redoute ici les yeux.Que sa vanité, qui me guette,Me trouve toujours plus joyeux.C’est au vin de rendre impossibleLe triomphe qu’elle espérait.Ah ! Cachons bien que mon cœur est sensible :La coquette en abuserait.
Faut-il qu’elle soit si charmante !Ah ! de mon cœur prenez pitié !Chantez la liqueur écumanteQue verse en riant l’Amitié.Enlacez le lierre paisibleSur mon front, qui me trahirait.Ah ! Cachons bien que mon cœur est sensible :La coquette en abuserait.
Poursuivons de nos épigrammesCe sexe que j’ai trop aimé.Achevons d’éteindre les flammesDu flambeau qui m’a consumé.Que Bacchus, toujours invincible,Ôte à l’amour son dernier trait.Ah ! Cachons bien que mon cœur est sensible :La coquette en abuserait.
Mais l’Amour pressa-t-il la grappeD’où nous vient ce jus enivrant ?J’aime encor ; mon verre m’échappe ;Je ne ris plus qu’en soupirant.Pour fuir ce charme irrésistible,Trop d’ivresse enchaîne mes pas.Ah ! Vous voyez que mon cœur est sensible :Coquette, n’en abusez pas.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources