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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Les champs

Pierre-Jean de Béranger· 56 vers

AIR : Mon amour était pour Marie

Rose, partons ; voici l’aurore :Quitte ces oreillers si doux.Entends-tu la cloche sonoreMarquer l’heure du rendez-vous ?Cherchons, loin du bruit de la ville,Pour le bonheur un sûr asile.Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

Viens aux champs fouler la verdure,Donne le bras à ton amant ;Rapprochons-nous de la naturePour nous aimer plus tendrement.Des oiseaux la troupe éveilléeNous appelle sous la feuillée.Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

Nous prendrons les goûts du village ;Le jour naissant t’éveillera :Le jour mourant sous le feuillageÀ notre couche nous rendra.Puisses-tu, maîtresse adorée !Te plaindre encor de sa durée !Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

Quand l’été vers un sol fertileConduit des moissonneurs nombreux ;Quand, près d’eux, la glaneuse agileCherche l’épi du malheureux ;Combien, sur les gerbes nouvelles,De baisers pris aux pastourelles !Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

Quand des corbeilles de l’automneS’épanche à flots un doux nectar,Près de la cuve qui bouillonneOn voit s’égayer le vieillard ;Et cet oracle du villageChante les amours d’un autre âge.Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

Allons visiter des rivagesQue tu croiras des bords lointains.Je verrai, sous d’épais ombrages,Tes pas devenir incertains.Le désir cherche un lit de mousse ;Le monde est loin, l’herbe est si douce !Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

C’en est fait ! adieu, vains spectacles !Adieu, Paris, où je me plus ;Où les beaux-arts font des miracles,Où la tendresse n’en fait plus !Rose, dérobons à l’envieLe doux secret de notre vie.Viens aux champs couler d’heureux jours ;Les champs ont aussi leurs amours.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources