Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les cinquante écus
AIR : Martin est un fort bon garçon
Grâce à Dieu, je suis héritier !Le métierDe rentierMe sied et m’enchante.Travailler serait un abus ;J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
Mes amis, la terre est à moi.J’ai de quoiVivre en roiSi l’éclat me tente.Les honneurs me sont dévolus ;J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
Pour user des droits d’un richard,Sans retardSur un charDe forme élégante,Fuyons mes créanciers confus :J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
Adieu Surène et ses coteaux !Le bordeaux,Le mursaulx,L’aï que l’on chante,Vont donc enfin m’être connus :J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
Parez-vous, Lise, mes amours,Des atoursQue toujoursLa richesse invente ;Le clinquant ne vous convient plus :J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
Pour mes hôtes vous que je prends,Amis francs,Vieux parents,Sœur jeune et fringante,Soyez logés, nourris, vêtus ;J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
Amis, bons vins, loisirs, amours,Pour huit joursDes plus courtsComblez mon attente :Le fonds suivra les revenus.J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus,J’ai cinquante écus de rente.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources