Œuvres complètes de Béranger, 1839
La mort subite
Air du ballet des Pierrots
Mes amis, j’accours au plus vite,Car vous ne pardonneriez pas,À moins, dit-on, de mort subite,De manquer à ce gai repas.En vain l’amour qui me lutinePour m’arrêter tente un effort ;Avec vous il faut que je dîne :Mes amis, je ne suis pas mort.
Mais bien souvent, quoique heureux d’être,On meurt sans s’en apercevoir.Ah ! mon dieu ! je suis mort peut-être ;C’est ce qu’il est urgent de voir.Je me tâte comme Sosie ;Je ris, je mange, et je bois fort.Ah ! je me connais à la vie :Mes amis, je ne suis pas mort.
Si j’allais, couronné de lierre,Ici fermer les yeux soudain ;En chantant, remplissez mon verre,Et de vos mains pressez ma main.Si Bacchus, dont je suis l’apôtre,Ne m’inspire un joyeux transport,Si ma main ne serre la vôtre,Adieu, mes amis, je suis mort !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources