Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les oiseaux
ADRESSÉS À M. ARNAULT, PARTANT POUR SON EXIL JANVIER 1816
L’hiver redoublant ses ravagesDésole nos toits et nos champs ;Les oiseaux sur d’autres rivagesPortent leurs amours et leurs chants.Mais le calme d’un autre asileNe les rendra pas inconstants ;Les oiseaux que l’hiver exileReviendront avec le printemps.
À l’exil le sort les condamne,Et plus qu’eux nous en gémissons !Du palais et de la cabaneL’écho redisait leurs chansons.Qu’ils aillent d’un bord plus tranquilleCharmer les heureux habitants.Les oiseaux que l’hiver exileReviendront avec le printemps.
Oiseaux fixés sur cette plage,Nous portons envie à leur sort.Déjà plus d’un sombre nuageS’élève et gronde au fond du nord.Heureux qui sur une aile agilePeut s’éloigner quelques instants !Les oiseaux que l’hiver exileReviendront avec le printemps.
Ils penseront à notre peine,Et, l’orage enfin dissipé,Ils reviendront sous le vieux chêneQue tant de fois il a frappé.Pour prédire au vallon fertileDe beaux jours alors plus constants,Les oiseaux que l’hiver exileReviendront avec le printemps.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources