Œuvres complètes de Béranger, 1839
Ma république
AIR : Vaudeville de la petite Gouvernante
J’ai pris goût à la républiqueDepuis que j’ai vu tant de rois.Je m’en fais une, et je m’appliqueÀ lui donner de bonnes lois.On n’y commerce que pour boire,On n’y juge qu’avec gaîté ;Ma table est tout son territoire ;Sa devise est la liberté.
Amis, prenons tous notre verre :Le sénat s’assemble aujourd’hui.D’abord, par un arrêt sévère,À jamais proscrivons l’ennui.Quoi ! proscrire ! Ah ! ce mot doit êtreInconnu dans notre cité.Chez nous l’ennui ne pourra naître :Le plaisir suit la liberté.
Du luxe, dont elle est blessée,La joie ici défend l’abus ;Point d’entraves à la pensée,Par ordonnance de Bacchus.À son gré que chacun professeLe culte de sa déité ;Qu’on puisse aller même à la messe :Ainsi le veut la liberté.
La noblesse est trop abusive :Ne parlons point de nos aïeux.Point de titre, même au conviveQui rit le plus ou boit le mieux.Et si quelqu’un, d’humeur traîtresse,Aspirait à la royauté,Plongeons ce César dans l’ivresse,Nous sauverons la liberté.
Trinquons à notre république,Pour voir son destin affermi.Mais ce peuple si pacifiqueDéjà redoute un ennemi.C’est Lisette qui nous rappelleSous les lois de la volupté.Elle veut régner, elle est belle ;C’en est fait de la liberté.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources