Œuvres complètes de Béranger, 1839
Qu’elle est jolie
Grands dieux ! combien elle est jolieCelle que j’aimerai toujours !Dans leur douce mélancolieSes yeux font rêver aux amours.Du plus beau souffle de la vieÀ l’animer le ciel se plaît.Grands dieux ! combien elle est jolie !Et moi, je suis, je suis si laid !
Grands dieux, combien elle est jolie !Elle compte au plus vingt printemps.Sa bouche est fraîche épanouie,Ses cheveux sont blonds et flottants.Par mille talents embellie,Seule elle ignore ce qu’elle est.Grands dieux ! combien elle est jolie !Et moi, je suis, je suis si laid !
Grands dieux ! combien elle est jolie !Et cependant j’en suis aimé.J’ai dû longtemps porter envieAux traits dont le sexe est charmé.Avant qu’elle enchantât ma vie,Devant moi l’amour s’envolait.Grands dieux ! combien elle est jolie !Et moi, je suis, je suis si laid !
Grands dieux ! combien elle est jolie !Et pour moi ses feux sont constants.La guirlande qu’elle a cueillieCeint mon front chauve avant trente ans.Voiles qui parez mon amie,Tombez ; mon triomphe est complet.Grands dieux ! combien elle est jolie !Et moi, je suis, je suis si laid !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources