Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les chantres de paroisse
OU LE CONCORDAT DE 1817 SEPTEMBRE 1817
Air du Bastringue
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Buvons, nous, chantres de paroisse,À qui nous tire enfin d’angoisse.D’abord, pour ne rien oublier,Remontons à François premier.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
À Gonsalvi buvons un verre ;Il a deux fois fait même affaire ;Mais cette fois, de droit divin,L’église y gagne un pot-de-vin.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Des deux clés de notre bon papeL’une du ciel ouvre la trappe ;Et l’autre aux griffes du légatOuvre les coffres de l’état.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Si de nos coqs la voix altièreTroubla l’héritier de saint Pierre,Grâce aux annates, aujourd’huiNos poules vont pondre pour lui.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Rendons Avignon au Saint-Père ;Il le veut, et c’est là, j’espère,Prouver aux Français dépouillésQu’il est un de nos alliés.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Qu’importe qu’à Rome on détruiseLes libertés de notre église ?Nous devons à nos députésDéjà tant d’autres libertés !
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Moines et prieurs vont revivre.Il faut qu’avant peu le grand-livre,Servant à nos pieux desseins,Soit mis au rang des livres saints.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Dans chaque ville, un séminaireDésormais sera nécessaire ;C’est un hôpital érigéAux enfants trouvés du clergé.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Pour les protestants, qu’on tolère,Au ciel nous craignons de déplaire ;Mais qu’il nous passe encor longtempsNos Suisses qui sont protestants.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Chantres, pour nous combien d’offices !Nous n’irons plus dans les coulissesBrailler en chœur à l’Opéra ;Et l’église nous suffira.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
Oui, chantres, c’est à nous de boire :Ce Concordat fait notre gloire,Car le bon temps revient grand train,Où les rois chantaient au lutrin.
Gloria tibi, Domine !Que tout chantreBoive à plein ventre ;Gloria tibi, Domine !Le Concordat nous est donné.
104 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources