Soixante années de lyrisme intermittent, 1945
L’Égoculture ne manque pas de bras
C’est un ciel vide ou veille une lune ottomane,Mince et plate comme une feuille de papier,C’est un ciel insipide et vain d’où rien n’émane.
C’est que, las de ne plus se sentir épiés.Par les yeux sourcilleux des bardes romantiques ;Tous les astres en chœur se sont tirés des pieds.
C’est un ciel dépeuplé des fantômes antiques ;De chenus magistrats d’Arles et d’ArgentanL’osent seuls désormais déclarer poétique.
Tout le monde a soupe du soleil éclatant.Hymnes des prés, voix des forêts, chants des fontaines,On vous délaisse avec un ensemble épatant.
Monsieur Taine nous fit passer ces turlutaines.Les esprits d’à-présent ont bien d’autres soucisQue d’aller par les bois courir la prétentaine.
Nobles, marchands, soldats, — voire peintres aussi !Désormais villégiaturent en eux-mêmes,Avec Monsieur Barrés, député de Nancy.
Ils administrent donc, suivant le bon système,L’âme qui se trouve être en leur possessionEt soumettent leur vie à divers théorèmes.
Ils utilisent leurs moindres sensationsDe façon à n’en pas laisser perdre un centime.Et placent à gros intérêts leurs passions.
(MUSIQUE)
Amis que l’on se livre à ce sport légitime !Et que chacun de nous, depuis l’âge d’enfantArrose avec ferveur son pot de fleurs intime.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Soixante années de lyrisme intermittent, PARIS, ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE, 1945· Sources