Soixante années de lyrisme intermittent, 1945
Le pigeon voyageur
Dans le grand parc tout nu d’hiver, j’ai ramasséUn pigeon voyageur tombé près des érables.A son aile, un billet. Deux mots indéchiffrables…Message de héros, lettre de fiancé.
Qui sait ce qu’il portait dans la tourmente affreuse ?Sûrement un secret poignant, soit qu’il contintLe salut d’une armée attendant son destin,Ou de gentils serments pour la vierge amoureuse…
Quels yeux fouillaient le ciel, uniformément blanc ?Ceux du chef anxieux, ou le regard dolentDe l’amante, évoquant les choses de naguère ?
Qui le sait ?… Qui jamais le saura ?… Tout songeurJ’ai contemplé la nue en maudissant la guerre.Et nous avons mangé le pigeon-voyageur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Soixante années de lyrisme intermittent, PARIS, ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE, 1945· Sources