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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Soixante années de lyrisme intermittent, 1945· Paris Versailles chalons

Versailles

Tristan de Bernard· 44 vers

A Sully-Prudhomme

I

Soyez fier, ô fils d’Alexandre,C’est plus d’honneur encor que vous n’en souhaitiez.L’ombre du grand Louis, qui n’aimait point attendre,Vous attend sur les quais de Versailles-Chantiers.

Tous les siècles sont solidaires.Sur les quais du débarcadère,Les fantômes des temps passés,S’avançant à pas cadencés,Viennent vous saluer, Sire, l’un après l’autreGrands Seigneurs en brocart et dames à paniers,Et c’est aussi le plus loyal des jardiniers,Le Nôtre — qui demande à s’appeler le Vôtre.

Ils font votre escorte d’honneurAux côtés de l’ancien tanneurD’Amboise, près Vendôme,Et voici que soudain, sur un air de Lulli,Une nymphe s’éveille à l’appel de SullyPrudôme

Sully, le doux poète, est parfois embêtant.Mais ce n’est pas sa faute.Et s’ils chantaient l’algèbre et les aéronautes,Kahn, Griffin et Régnier le seraient tout autant

II

La nymphe de Versailles, en ces tristes paragesQue n’égaient plus les Sylvains gouailleurs.La nymphe rêve aux temps meilleurs,Sous les ombres de ces bocagesQue troublent seulement de mornes artilleursEt des soldats du train des équipages.

C’est là jadis que le royal amantVenait deviser tendrement.Et c’est là,Nicolas,Sous ces lambris où vous songeâtes,Qu’il faisait cocuUn pauvre vieux culde jatte.

Où sont les temps de ces belles amours ?Il est certain que de nos joursOn cherche des plaisirs facilesEt des femmes extra-dociles.

Les Sylvains de chez PaillardN’ont jamais recours en vainPour leur vœu le plus paillardAux nymphes de chez Sylvain.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Soixante années de lyrisme intermittent, PARIS, ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE, 1945· Sources