Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies
A une jolie main
Qu’on aime à voir vos yeux reluire,Et, dans votre charmant sourire,Se mêler la nacre au carmin ;Qu’on aime vos cheveux d’ébène,Votre démarche souveraine ;Ce que j’aime… c’est votre main.
Dans une main, que d’élégance,Que de grâce et que de puissance !La main, c’est la guerre ou la paix ;La main fait droit et fait justice ;C’est la main qu’une impératriceDonne à baiser à ses sujets.
La main est du cœur l’interprète ;La main, c’est le serment qu’on prête ;La main réclame la pitié ;La main est humble, elle est altière ;Les deux mains jointes, c’est prière ;La main dans la main, amitié.
La main que j’aime est longue et fine ;Quand avec mollesse elle inclineSes doigts élégants et polis,Dans leurs courbures inégalesOn croirait voir les cinq pétalesDont se forme la fleur du lis.
Cette main, c’est tout un poèmeOù chaque doigt est un emblème :Ils sont pareils, mais différents.Au bout de chacun d’eux se pose,Ainsi qu’une feuille de rose,Un ongle aux reflets transparents.
Regardez-la guider l’aiguille,Qui tantôt se perd, tantôt brilleDans la laine aux mille couleurs :Tout un essaim de fleurs se presseSous cette main enchanteresseEt plus brillante que ses fleurs !
Avec quelle adresse infinieElle vole, ivre d’harmonie,Sur le clavier aux doux concerts !Ainsi la mouette, rasant l’onde,Unit son hymne vagabondeAu chant mystérieux des mers.
Main d’artiste, main poétique,Comme la Mnémosyne antiqueElle a de longs doigts en fuseaux ;De sa peau la trame est flexible ;On sent une effluve invisibleEn parcourir les fins réseaux.
Dans ta paume laisse-moi lire,O main ! si l’astre qui t’inspireT’a promis des bonheurs complets.J’y vois la ligne de la vieD’épis couronnée, et suivieDes trois magiques bracelets.
Heureux celui qui pour offrandeA ce doigt où le cœur commandePourra passer l’anneau bénit,Symbole d’une chaîne immense,Chaîne qui dans un cœur commenceEt dans un autre cœur finit.
Mais moi, le prophète et le barde,Moi, dont l’œil souriant regardeCelle qui peut te refuser,O main ! je ne veux, comme gageD’humble et fidèle vasselage,Que te couvrir d’un long baiser.
Versification
- Forme
- 11 sizains (sizains)
- Rimes
- 11(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 sizains
- Mots à la rime
- a reluire / sourire féminine, classiqueb carmin / main masculine, classiquec d’ébène / souveraine féminine, classiquea d’élégance / puissance féminine, classiqueb paix / sujets masculine, classiquec justice / impératrice féminine, classiquea l’interprète / prête féminine, classiqueb pitié / amitié masculine, classiquec altière / prière féminine, classiquea fine / incline féminine, classiqueb polis / lis masculine, classiquec inégales / pétales féminine, classiquea poème / emblème féminine, classiqueb différents / transparents masculine, classiquec pose / rose féminine, classiquea l’aiguille / brille féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquec presse / enchanteresse féminine, classiquea infinie / d’harmonie féminine, classiqueb concerts / mers masculine, classiquec l’onde / vagabonde féminine, classiquea poétique / antique féminine, classiqueb fuseaux / réseaux masculine, classiquec flexible / invisible féminine, classiquea lire / t’inspire féminine, classiqueb complets / bracelets masculine, classiquec vie / suivie féminine, classiquea offrande / commande féminine, classiqueb bénit / finit masculine, classiquec immense / commence féminine, classiquea barde / regarde féminine, classiqueb refuser / baiser masculine, classiquec gage / vasselage féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources