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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies

Hymne à la Normandie

Prosper Blanchemain· 15 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 60 vers

O terre ! ô souvenir‖ de mon âme ravie,Toi qu’en mes songes j’entrevois !Terre, où mon œil, enfant,‖ aux splendeurs de la vieS’ouvrit pour la première fois !

Terre, où je m’éveillai‖ de mon sommeil sans rêve,Sur les rivages du néant,Ainsi qu’un naufragé‖ sur la lointaine grèveOù l’a déposé l’Océan !

Terre, où souvent bercé‖ d’une douce chimère,Bercé sur le sein maternel,Je crus, dans le sourire‖ et les yeux de ma mère,Voir un rayon de l’Éternel !

Terre, où mon cœur goûta‖ le miel de la tendresseEt l’amertume des douleurs,Dont l’écho répéta‖ mes premiers chants d’ivresse,Dont le sol but mes premiers pleurs !

O patrie ! en allant‖ jusqu’où va la poussièreDe notre frêle humanité,En allant aussi loin‖ que s’étend la frontièreDes jours et de l’immensité,

O patrie ! où jamais‖ trouver une contrée,Un Éden aussi doux que toi,Un ciel pur, dont l’aspect‖ à mon âme enivréeDonne autant d’espoir et de foi ?

Nulle part il n’existe,‖ au penchant des collines,Plus d’ombre et d’herbe pour s’asseoir,Plus de bois verdoyants,‖ plus de fleurs sans épines,Plus de parfums dans l’air du soir.

Que pour d’autres climats‖ l’hiver ait moins de glaceEt moins de brume dans les cieux ;Que leur soleil d’été,‖ rayonnant dans l’espace,Ignore les jours pluvieux !

A toi le vert printemps,‖ ma chère Normandie ;A toi ses brillantes couleurs,L’émail de ses gazons‖ et sa brise attiédie ;A toi les pommiers tout en fleurs !

Laisse le vent d’été‖ semer sur la pelouseTa fraîche parure d’un jour,Pareille au bouquet blanc‖ qui, du front de l’épouse,Tombe au premier baiser d’amour ;

Car l’automne revient,‖ d’une moisson vermeille,Couronner tes champs et tes prés ;Car le fécond octobre‖ enrichit ta corbeilleDes fruits que juillet a dorés.

O vallons verdoyants‖ où serpente la Seine,Frais coteaux, fertiles guérets !Puissé-je, ô mon pays,‖ fuir la tempête humaineDans tes champs et dans tes forêts !

Près du fleuve limpide‖ assis avec ivresse,Comme autrefois puissé-je voirChaque étoile du ciel‖ de ma belle jeunesseSe refléter dans son miroir !

Rêvant comme autrefois‖ au coin d’un bois sauvage,Heureux de mon bonheur passé,Puissé-je des beaux jours‖ de mon pèlerinageRevoir le chemin effacé !

Et là, sous tes pommiers‖ aux rameaux blancs et roses,Sur tes gazons verts que j’aimai,Rendre mon âme à Dieu,‖ comme tes fleurs écloses,Qu’emportent les zéphyrs de mai !

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (30 de 8, 30 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a ravie / vie féminine, classiqueb j’entrevois / fois masculine, classiquea rêve / grève féminine, classiqueb néant / l’Océan masculine, non classiquea chimère / mère féminine, classiqueb maternel / l’Éternel masculine, classiquea tendresse / d’ivresse féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquea poussière / frontière féminine, classiqueb humanité / l’immensité masculine, classiquea contrée / enivrée féminine, classiqueb toi / foi masculine, classiquea collines / épines féminine, classiqueb s’asseoir / soir masculine, classiquea glace / l’espace féminine, classiqueb cieux / pluvieux masculine, classiquea Normandie / attiédie féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea pelouse / l’épouse féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea vermeille / corbeille féminine, classiqueb prés / dorés masculine, classiquea Seine / humaine féminine, classiqueb guérets / forêts masculine, classiquea ivresse / jeunesse féminine, classiqueb voir / miroir masculine, classiquea sauvage / pèlerinage féminine, classiqueb passé / effacé masculine, classiquea roses / écloses féminine, classiqueb j’aimai / mai masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources