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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies

La chanson qui pleure

Prosper Blanchemain· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Souvent lorsque glaçant‖ mes tempes alourdiesL’ennui m’environnait‖ de ses pesants réseaux,Tu venais, les deux mains‖ pleines de mélodies,Comme un enfant joyeux‖ qui porte un nid d’oiseaux.

Tu venais ; ta présence‖ était une autre aurore.Tu commençais un hymne,‖ et, calmés à la fois,Tous mes sens aspiraient‖ cette effluve sonoreQui de l’orgue vibrant‖ jaillissait sous tes doigts.

Toujours tu m’enivrais‖ de ces attraits morbidesDont tu sais embellir‖ un thème favori ;Mes yeux longtemps séchés‖ redevenaient humides.Tant que je t’écoutais‖ je me croyais guéri.

Mais un soir… souvenir‖ dont mon cœur s’émerveille,Souvenir dont mon cœur‖ est encor déchiré !Jamais chant plus divin‖ n’a charmé mon oreille,Jamais soupirs amers‖ ne m’ont plus torturé.

Comment aux doux accords‖ d’une valse dansanteDonnas-tu tant d’amour‖ et de deuil à la fois ?On eût dit qu’enfermant‖ une âme gémissante,L’instrument animé‖ sanglotait sous tes doigts.

Dialogue inouï‖ d’une langue inconnueOù le cœur interroge,‖ où la douleur répond,Le chant jetait d’en haut‖ sa gaîté contenue,La basse gémissait‖ avec un deuil profond.

La nuit tombait, le ciel‖ se couvrait de nuages.Dans l’ombre inspiratrice‖ où tout parle plus bas,Tu laissais naître en toi‖ d’harmonieux orages ;Je devinais tes pleurs‖ que je ne voyais pas.

J’écoutais, fasciné‖ par je ne sais quel charme,Sur les touches vibrer‖ ton doigt magicien,Chaque note en mourant‖ distillait une larme,Qui sortait de ton cœur‖ et tombait sur le mien.

Je sentais palpiter‖ quelque chose en moi-mêmeD’enivrant et d’amer‖ qu’on ne peut définir,Un bonheur qui torture,‖ une angoisse qu’on aime ;Je lisais dans ton âme‖ un poignant souvenir.

Pourquoi vouloir toujours‖ t’envelopper d’un voile,Et cacher ta blessure,‖ et nourrir ta langueur ?A travers le nuage‖ on découvre l’étoile ;L’œil du masque est un trou‖ qui laisse voir le cœur.

Pourquoi dans tes accords‖ tant de fiel et de flamme ?Pourquoi ce thème en deuil,‖ ce chant transfiguré ?Dans ces cris déchirants,‖ toi qui répands ton âme,Où donc as-tu souffert ?‖ où donc as-tu pleuré ?

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a alourdies / mélodies féminine, classiqueb réseaux / d’oiseaux masculine, classiquea aurore / sonore féminine, classiqueb fois / doigts masculine, classiquea morbides / humides féminine, classiqueb favori / guéri masculine, classiquea s’émerveille / oreille féminine, classiqueb déchiré / torturé masculine, classiquea dansante / gémissante féminine, classiquea inconnue / contenue féminine, classiqueb répond / profond masculine, classiquea nuages / orages féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquea charme / larme féminine, classiqueb magicien / mien masculine, classiquea moi-même / aime féminine, classiqueb définir / souvenir masculine, classiquea voile / l’étoile féminine, classiqueb langueur / cœur masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb transfiguré / pleuré masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources