Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies
Crépuscule
A Marie Désirée.
Quand l’occident n’est plus‖ qu’une ligne rougeâtre :Quand, dans les vastes champs‖ où plane le repos,Tout s’endort jusqu’aux fleurs,‖ et que le dernier pâtreA parqué ses troupeaux ;
Quand les brises du soir,‖ étouffant leurs haleines,Ne font plus onduler‖ les mobiles épis ;Quand la lune sourit‖ à travers les vieux frênesAux oiseaux assoupis ;
C’est alors que vers toi,‖ reine de mes doux songes,S’élèvent mes pensers‖ purs et délicieux,Que j’aime à prolonger‖ l’extase où tu me plonges,Longtemps silencieux.
Des parfums plus voilés‖ s’évaporent des plantes,L’âme échappe enivrée‖ à ce monde réel,Et les blanches lueurs,‖ dans l’espace tremblantes,Semblent des fleurs du ciel.
Je m’arrête, pensif,‖ sous le radieux dôme.Des visions d’amour‖ éblouissent mes yeux :De loin tu m’apparais,‖ comme un léger fantômeSouriant et joyeux
Le brouillard sur ta tète‖ étend ses pâles voiles,Le ver luisant s’allume‖ entre les églantiers,Comme si tu semais‖ sous tes pas les étoilesAu détour des sentiers.
Tu t’avances planant‖ sous l’étendue immense,Tu passes devant moi‖ sans effleurer le sol ;Et, pour ta bienvenue,‖ au fond des bois commenceLe chant du rossignol.
Ce chant, épanoui‖ dans la brise attiédie,De vallons en vallons‖ répété par les bois,Éveille, dans mon cœur,‖ comme une mélodie,Les échos de ta voix.
Quelle puissance occulte‖ ou quelle fée amieDonne donc ton image‖ à la vapeur du soir ?Quel ange me sourit‖ dans la plaine endormieEt me parle d’espoir ?
Je crois tenir ta main‖ dans la mienne pressée,Je crois sentir ton cœur‖ battre tout près du mien,Et sur mon front courir,‖ plus doux que ma pensée,Ton souffle aérien.
Si c’était vraiment toi ?‖ si le maître suprêmeAvait fait un miracle‖ en t’amenant ici ?M’entends-tu, cher fantôme.‖- Oh ! je t’aime ! je t’aime !Dis-moi : « Viens ! » — Me voici !
Rêves ! illusions !‖ Quel jour, chère adorée,Te dirai-je combien‖ en toi seule j’ai foi,Combien, à chaque instant,‖ d’espoir l’âme enivrée,Je prie et pense à toi.
Quel jour enfin, heureux‖ d’une sainte allégresse,Et mon cœur à ton cœur‖ enchaîné pour toujours,Songerai-je avec toi‖ des songes de tendresseEt d’éternels amours ?
A cette heure rêveuse‖ où notre oreille semble,Dans un calme profond,‖ vague et mystérieux,N’entendre que deux cœurs‖ qui palpitent ensembleEn présence des deux ;
A l’heure où l’univers‖ sous l’œil de Dieu repose,Ou l’esprit, confondu‖ devant l’immensité,A l’azur éternel‖ emprunte quelque choseDe sa sérénité.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (45 de 12, 15 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a rougeâtre / pâtre féminine, classiqueb repos / troupeaux masculine, classiquea haleines / frênes féminine, classiqueb épis / assoupis masculine, classiquea songes / plonges féminine, classiqueb délicieux / silencieux masculine, classiquea plantes / tremblantes féminine, classiqueb réel / ciel masculine, classiquea dôme / fantôme féminine, classiqueb yeux / joyeux masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb églantiers / sentiers masculine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb sol / rossignol masculine, classiquea attiédie / mélodie féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea amie / endormie féminine, classiqueb soir / d’espoir masculine, classiquea pressée / pensée féminine, classiqueb mien / aérien masculine, classiquea suprême / t’aime féminine, classiqueb ici / voici masculine, classiquea adorée / enivrée féminine, classiqueb foi / toi masculine, classiquea allégresse / tendresse féminine, classiqueb toujours / amours masculine, classiquea semble / ensemble féminine, classiqueb mystérieux / deux masculine, classiquea repose / chose féminine, classiqueb l’immensité / sérénité masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources