Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies
La colombe blanche
Dis-moi, dis-moi, blanche colombe,Ou vas-tu d’un vol si léger ?Viens-tu du ciel ou de la tombe ?Qu’apportes-tu, doux messager ?
— Ma patrie est aux cieux ; la terreN’a jamais touché mes pieds nus.En Grèce je fus Pérystère,Blanche compagne de Vénus.
Mahomet aux croyants fidèlesMe montre au milieu des Houris,Et l’Inde croit que sous mes ailesBrahma réchauffe les Péris.
Le Christ m’orna d’une auréole,Et j’apparais sur les autelsComme un mystérieux symboleAu-dessus du sens des mortels.
C’est moi qui porte la couronneEt du martyre et du bonheur ;J’aime, je bénis, je pardonne,Je suis l’Esprit-Saint du Seigneur.
Je suis cette blanche colombeQui sauve et console toujours,Oiseau du ciel et de la tombe,Oiseau des dernières amours.
Au pauvre tremblant dans la boueJ’envoie un peu de l’or d’Ophir,Au roseau que le vent secoueJe ramène un plus doux zéphyr.
Au magistrat je dis : « Fais grâce ! »Au pontife : « Sache bénir ! »A l’homme heureux : « Le bonheur passe ! »Au malheureux : « Il va venir. »
Au tombeau qui de pleurs s’arrose,Je dis : « Fais, tombeau triste et noir,De chaque pleur naître une rose,De chaque douleur un espoir. »
Je suis cette blanche colombeQui sauve et console toujours,Oiseau du ciel et de la tombe,Oiseau des dernières amours.
— Blanche colombe qui consoles,Accours à moi d’un vol léger.Écoute, écoute mes paroles ;Je sais des maux à soulager.
Auprès d’une champêtre église,Dans le champ d’éternel repos,Une croix de bois est assiseEntre des lis et des pavots.
Sans doute une lumière sainteDevra te guider dans ces lieux,D’où, lorsque la vie est éteinte,L’âme s’élance vers les cieux ;
Car c’est là que, du corps de fange,L’âme de l’enfant regrettéS’éleva, comme un lis qu’un angeDans l’espace aurait emporté.
Vole, vole, blanche colombe !Sauve et console-nous toujours,Oiseau du ciel et de la tombe,Oiseau des dernières amours.
Monte, avec la chaste prièreEt l’encens brûlé sur l’autel ;Trouve cette âme de lumièreDans les plus beaux parvis du ciel.
Parle, comme au roi sur son trône,A ce nouveau-né du Seigneur,Et demande-lui son aumôneD’un peu d’amour et de bonheur.
Si quelque retour vers la terreArrache une larme à ses yeux,Verse dans le cœur de sa mèreCe diamant tombé des cieux ;
Et quand, d’amertume oppressée,Elle pleurera, que ses pleursSoient comme la douce roséeQui brille au matin sur les fleurs.
Vole, vole, blanche colombe !Sauve et console-nous toujours,Oiseau du ciel et de la tombe,Oiseau des dernières amours.
Versification
- Forme
- 20 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 20(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 20 quatrains
- Mots à la rime
- a colombe / tombe féminine, classiqueb léger / messager masculine, classiquea terre / Pérystère féminine, classiqueb nus / Vénus masculine, classiquea fidèles / ailes féminine, classiqueb Houris / Péris masculine, classiquea auréole / symbole féminine, classiqueb autels / mortels masculine, classiquea couronne / pardonne féminine, classiqueb bonheur / Seigneur masculine, classiqueb toujours / amours masculine, classiquea boue / secoue féminine, classiqueb d’Ophir / zéphyr masculine, classiquea grâce / passe féminine, classiqueb bénir / venir masculine, classiquea s’arrose / rose féminine, classiqueb noir / espoir masculine, classiquea consoles / paroles féminine, classiqueb léger / soulager masculine, classiquea église / assise féminine, classiqueb repos / pavots masculine, classiquea sainte / éteinte féminine, classiqueb lieux / cieux masculine, classiquea fange / ange féminine, classiqueb regretté / emporté masculine, classiquea prière / lumière féminine, classiqueb l’autel / ciel masculine, classiquea trône / aumône féminine, classiqueb Seigneur / bonheur masculine, classiquea terre / mère féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea oppressée / rosée féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources