Poésies, 1845‑1858· Idéal
La fée de Romefort
A madame la comtesse de Bondy,
Madame, il me souvient‖ de ce jour trop rapideOù. m’ayant accepté pour votre chevalier,Dans votre Romefort‖ vous me serviez de guide :Il est de ces bonheurs‖ qu’on ne peut oublier.
Au sommet du donjon‖ qui domine la plaine,Je vous suivais, passant‖ où vous aviez passé ;Et du sombre manoir,‖ aimable châtelaine,Vous me ressuscitiez‖ le fantôme glacé.
Vous évoquiez ces preux‖ dont l’âme fut si grandeSous le pourpoint de soie‖ ou l’armure en métal ;Mais auprès de l’histoire‖ il manquait la légende :Il fallait une fée‖ au donjon féodal.
On m’a, dans le pays,‖ fait le récit étrangeD’une charmante Fée‖ errante aux alentours ;Aux grâces d’une femme‖ elle unit un cœur d’ange.Et d’un castel voisin‖ elle habite les tours.
Souvent à Romefort‖ on la voit apparaître.A sa voix le deuil cesse‖ et le malheur finit ;Le pauvre qui l’invoque‖ aussitôt sent renaîtreEn son cœur l’espérance,‖ et tout bas la bénit.
Les enfants du hameau‖ qui s’en vont à l’école,Pour complaire à la Fée‖ apprennent leurs leçons ;Par elle, ils savent l’art‖ de fixer la parole,Et vont, joyeux oiseaux,‖ lui chanter leurs chansons.
Des lettres, des beaux-arts‖ aimant l’essor sublime,Elle dérobe au temps‖ ce qu’il allait flétrir ;Elle a l’âme qui crée‖ et l’esprit qui ranime :Ce qu’elle a préféré‖ ne saurait plus mourir.
La voir est un plaisir,‖ la connaître une joie ;Heureux ceux qu’elle enchante,‖ et plus heureux encorCeux qui sont aimés d’elle‖ et marchent dans sa voie.Que n’offrirait-on pas‖ pour un pareil trésor ?
Oh ! que longtemps elle aille,‖ adorable et discrète,Répandant ses bienfaits‖ sans laisser voir sa main,Réchauffant tous les cœurs‖ touchés par sa baguette ;Que les fleurs qu’elle sème‖ embaument son chemin !
Les pauvres dont la peine‖ est par elle étouffée,Les enfants, les vieillards‖ la nomment à genoux.Je ne vous dirai pas‖ le nom de cette Fée ;Mais chacun la connaît,‖ madame… excepté vous.
Longefont, novembre 1857.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a rapide / guide féminine, classiqueb chevalier / oublier masculine, classiquea plaine / châtelaine féminine, classiqueb passé / glacé masculine, classiquea grande / légende féminine, classiqueb métal / féodal masculine, classiquea étrange / d’ange féminine, classiqueb alentours / tours masculine, classiquea apparaître / renaître féminine, classiqueb finit / bénit masculine, classiquea l’école / parole féminine, classiqueb leçons / chansons masculine, classiquea sublime / ranime féminine, classiqueb flétrir / mourir masculine, classiquea joie / voie féminine, classiqueb encor / trésor masculine, classiquea discrète / baguette féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea étouffée / Fée féminine, classiqueb genoux / vous masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources