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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Idéal

Le roi de mer

Prosper Blanchemain· BALLADE· 13 quatrains, décasyllabes, 52 vers

A Frédéric Baudry.

Seule, accoudée‖ aux créneaux de la tour,La blonde enfant‖ du Koning de Norwège,Les yeux rêveurs,‖ penchait son front de neigeVers l’Océan‖ qui grondait à l’entour.

La mer montait,‖ vaste, profonde et fière ;A l’horizon,‖ la lune au front changeantSortait de l’onde,‖ et son disque d’argentVersait à peine‖ une blanche lumière.

Du sein des flots‖ lentement entr’ouvertsSemble monter‖ une figure vagueQui se dessine‖ au travers de la vague,C’est un jeune homme‖ au corps pâle, aux yeux verts.

La vierge a vu,‖ terrifiant prodige !Un regard fixe‖ enchaîner son regard ;Sa voix s’éteint,‖ son œil devient hagard,Elle a senti‖ les frissons du vertige.

Car ce jeune homme‖ est un roi de la mer ;Il nage, il sort‖ de la vague azurée,Et malgré soi,‖ vers l’abîme attirée,L’enfant se penche‖ et tombe au gouffre amer.

Nul n’entendit‖ ses plaintes étouffées ;L’onde un instant‖ bouillonna près du bord ;L’enfant n’eut pas‖ d’autres hymnes de mortQue la chanson‖ des Elfes et des Fées.

« — Viens ! disaient-ils,‖ blanche perle du Nord !Viens te bercer‖ à notre doux murmure.Moins belles sont‖ que ta pâle figureLes fleurs des mers‖ où ton œil bleu s’endort.

« Nous t’aimerons,‖ nous les Elfes des grèves ;A toi nos dons,‖ nos trésors les plus beaux,Les fleurs des rocs,‖ les diamants des eaux,Et nos palais‖ plus brillants que tes rêves !

« Viens avec nous !‖ Loin de ton sol neigeux,De notre roi‖ tu deviendras l’épouse ;Ton ciel sera‖ la mer vaste et jalouse ;Tu régneras‖ sur l’empire orageux.

« Tu plongeras‖ dans ces conques nacrées,Pavillons d’or,‖ labyrinthes d’azur,Où nous dormons,‖ quand sur le flot obscurLa lune épand‖ ses lueurs éthérées.

Nous te ferons des jardins de corail ;Nous donnerons‖ pour ombre à ta retraiteL’arbre de pourpre‖ où le poisson s’arrête.Comme un fruit d’or‖ sous des rameaux d’émail.

« Viens donc en paix,‖ enfant aux tresses blondes ;L’heure éternelle‖ a commencé pour toi.Viens avec nous,‖ reine de notre roi ! »Ainsi chantaient‖ les esprits bleus des ondes.

Ainsi ce corps‖ si beau dans sa fraîcheur,L’Océan froid‖ le berçait sous ses ombres ;Et de doux chants,‖ venus des gouffres sombres,Dans son esquif‖ étonnaient le pécheur.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abba)
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a tour / l’entour masculine, classiqueb Norwège / neige féminine, classiquea fière / lumière féminine, classiqueb changeant / d’argent masculine, classiquea entr’ouverts / verts masculine, classiqueb vague féminine, classiquea prodige / vertige féminine, classiqueb regard / hagard masculine, classiquea mer / amer masculine, classiqueb azurée / attirée féminine, classiquea étouffées / Fées féminine, classiqueb bord / mort masculine, classiquea Nord / s’endort masculine, classiqueb murmure / figure féminine, classiquea grèves / rêves féminine, classiqueb beaux / eaux masculine, classiquea neigeux / orageux masculine, classiqueb l’épouse / jalouse féminine, classiquea nacrées / éthérées féminine, classiqueb d’azur / obscur masculine, classiquea corail / d’émail masculine, classiqueb retraite / s’arrête féminine, classiquea blondes / ondes féminine, classiqueb toi / roi masculine, classiquea fraîcheur / pécheur masculine, classiqueb ombres / sombres féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources