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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Idéal

Remembrance

Prosper Blanchemain· 13 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 52 vers

A la mémoire de Mme Marie Camaret.

Je ne pourrai jamais‖ passer par cette rueSans être atteint d’un sombre ennui,Sans y pleurer sur vous,‖ pauvre âme disparue,Astre charmant trop vite enfui.

Je ne pourrai jamais‖ revoir cette fenêtreOù vos yeux brillèrent souvent,Sans croire que soudain‖ vous allez apparaîtreSous les plis du rideau mouvant.

C’est dans cette maison‖ que vous viviez, Marie,Comme un oiseau parmi les fleurs ;Maison jadis heureuse,‖ aujourd’hui défleurie,Nid pillé par des oiseleurs.

Aujourd’hui, quand je songe‖ à ces rapides heuresQue nous passions auprès de vous,A l’aimable gaîté‖ qui peuplait vos demeures,A vos rires brillants et doux ;

Quand je songe comment‖ nous dépensions la vie,En prodigues, sans rien compter,Sans penser que soudain‖ vous nous seriez ravieEt qu’il nous faudrait vous quitter,

Je crois que c’est un rêve‖ et que, rieuse encore,Demain vous serez de retour ;Comme au sein de la nuit‖ on compte sur l’aurore.Comme on pressent le point du jour.

Le jour n’éclora plus ;‖ l’espérance est trompée !Adieu, Marie, un long adieu !Votre corps s’est flétri‖ comme l’herbe coupée ;Votre âme est retournée à Dieu.

Je crois vous voir encor‖ brisée en votre couchePar tant de maux multipliés :A peine entendait-on‖ passer sur votre boucheUn murmure quand vous parliez ;

Sans l’éclat dont brillait‖ votre prunelle noireSur votre effrayante pâleur,J’aurais cru voir en vous‖ une Vierge d’ivoireSortant des mains du ciseleur.

Vous étiez déjà morte,‖ ô ma blanche martyre !Vos yeux seuls gardaient un éclair ;Mais ce dernier regard‖ cherchait à nous sourire,Pâle comme un rayon d’hiver.

Et vous redemandiez‖ votre terre natale ;Son soleil vous devait guérir ;Et vous disiez qu’au mois‖ des roses du Bengale.Vous alliez aussi refleurir !

Vous berciez-vous vraiment‖ avec cette chimère ?Ou, plutôt, ne vouliez-vous pasAller mourir aux bords‖ où mourut votre mère,Et vous endormir dans ses bras ?

Vous reposez près d’elle.‖ Heureux qui, jeune encore,Peut retourner à l’Éternel !Heureux qui, dans les champs‖ témoins de son aurore,S’endort au tombeau maternel !

Paris, décembre 1856.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (26 de 8, 26 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a rue / disparue féminine, classiqueb ennui / enfui masculine, classiquea fenêtre / apparaître féminine, classiqueb souvent / mouvant masculine, classiquea Marie / défleurie féminine, classiqueb fleurs / oiseleurs masculine, classiquea heures / demeures féminine, classiqueb vous / doux masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb compter / quitter masculine, classiquea encore / l’aurore féminine, classiqueb retour / jour masculine, classiquea trompée / coupée féminine, classiqueb adieu / Dieu masculine, classiquea couche / bouche féminine, classiqueb multipliés / parliez masculine, classiquea noire / d’ivoire féminine, classiqueb pâleur / ciseleur masculine, classiquea martyre / sourire féminine, classiqueb éclair / d’hiver masculine, classiquea natale / Bengale féminine, classiqueb guérir / refleurir masculine, classiquea chimère / mère féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquea encore / aurore féminine, classiqueb l’Éternel / maternel masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources