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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Satires, 1666‑1716

Satire Xii

Nicolas Boileau-Despréaux· distiques, alexandrins, 346 vers

(1705)

Du langage français‖ bizarre hermaphrodite,De quel genre te faire,‖ Équivoque maudite,Ou maudit ? car, sans peine,‖ aux rimeurs hasardeux,L’usage encor, je crois,‖ laisse le choix des deux.Tu ne me réponds rien ?‖ Sors d’ici, fourbe insigne,Mâle aussi dangereux‖ que femelle maligne,Qui crois rendre innocents‖ les discours imposteurs ;Tourment des écrivains,‖ juste effroi des lecteurs ;Par qui de mots confus‖ sans cesse embarrasséeMa plume, en écrivant,‖ cherche en vain ma pensée ;Laisse-moi, va charmer‖ de tes vains agrémentsLes yeux faux et gâtés‖ de tes louches amants,Et ne viens point ici,‖ de ton ombre grossièreEnvelopper mon style,‖ ami de la lumière.Tu sais bien que jamais‖ chez toi, dans mes discours,Je n’ai d’un faux brillant‖ emprunté le secours.Fuis donc Mais non ; demeure :‖ un démon qui m’inspireVeut qu’encore une utile‖ et dernière Satire,De ce pas en mon livre‖ exprimant tes noirceurs,Se vienne, en nombre pair,‖ joindre à ses onze sœurs,Et je sens que ta vue‖ échauffe mon audace.Viens, approche : voyons,‖ malgré l’âge et sa glace,Si ma Muse, aujourd’hui‖ sortant de sa langueur,Pourra trouver encore‖ un reste de vigueur.Mais où tend, dira-t-on,‖ ce projet fantastique ?Ne vaudrait-il pas mieux‖ dans mes vers, moins caustique,Répandre de tes jeux‖ le sel divertissant,Que d’aller contre toi,‖ sur ce ton menaçant,Pousser jusqu’à l’excès‖ ma critique boutade ?Je ferais mieux, j’entends,‖ d’imiter Benserade :C’est par lui qu’autrefois,‖ mise en ton plus beau jour,Tu sus, trompant les yeux‖ du peuple et de la cour,Leur faire, à la faveur‖ de tes bluettes folles,Goûter comme bons mots‖ tes quolibets frivoles.Mais, ce n’est plus le temps :‖ le public détrompéD’un pareil enjouement‖ ne se sent plus frappé.Tes bons mots, autrefois‖ délices des ruelles,Approuvés chez les grands,‖ applaudis chez les belles,Hors de mode aujourd’hui‖ chez nos plus froids badins,Sont des collets-montés‖ et des vertugadins.Le lecteur ne sait plus‖ admirer dans VoitureDe ton froid jeu de mots‖ l’insipide figure :C’est à regret qu’on voit‖ cet auteur si charmant,Et pour mille beaux traits‖ vanté si justement,Chez toi toujours cherchant‖ quelque finesse aiguë,Présenter au lecteur‖ sa pensée ambiguë,Et souvent, du faux sens‖ d’un proverbe affecté,Faire de son discours‖ la piquante beauté.Mais, laissons là le tort‖ qu’à ces brillants ouvragesFit le plat agrément‖ de tes vains badinages.Parlons des maux sans fin‖ que ton sens de travers,Source de toute erreur,‖ sema dans l’univers.Et, pour les contempler‖ jusque dans leur naissance,Dès le temps nouveau-né,‖ quand la Toute-PuissanceD’un mot forma le ciel,‖ l’air, la terre et les flots,N’est-ce pas toi, voyant‖ le monde à peine éclos,Qui, par l’éclat trompeur‖ d’une funeste pomme,Et tes mots ambigus,‖ fis croire au premier hommeQu’il allait, en goûtant‖ de ce morceau fatal,Comblé de tout savoir,‖ à Dieu se rendre égal ?Il en fit sur-le-champ‖ la folle expérience.Mais tout ce qu’il acquit‖ de nouvelle scienceFut que, triste et honteux‖ de voir sa nudité,Il sut qu’il n’était plus,‖ grâce à sa vanité,Qu’un chétif animal‖ pétri d’un peu de terre,A qui la faim, la soif,‖ partout faisaient la guerre ;Et qui, courant toujours‖ de malheur en malheur,A la mort arrivait‖ enfin par la douleur.Oui, de tes noirs complots‖ et de ta triste rageLe genre humain perdu‖ fut le premier ouvrage ;Et bien que l’homme alors‖ parût si rabaissé,Par toi, contre le Ciel,‖ un orgueil insenséArmant de ses neveux‖ la gigantesque engeance,Dieu résolut enfin,‖ terrible en sa vengeance,D’abîmer sous les eaux‖ tous ces audacieux.Mais, avant qu’il lâchât‖ les écluses des cieux,Par un fils de Noé‖ fatalement sauvée,Tu fus, comme serpent,‖ dans l’arche conservée ;Et d’abord, poursuivant‖ tes projets suspendus,Chez les mortels restants,‖ encor tout éperdus,De nouveau tu semas‖ tes captieux mensonges,Et remplis leurs esprits‖ de fables et de songes.Tes voiles offusquant‖ leurs yeux de toutes parts,Dieu disparut lui-même‖ à leurs troubles regards.Alors, ce ne fut plus‖ que stupide ignorance,Qu’impiété sans borne‖ en son extravagance ;Puis, de cent dogmes faux,‖ la superstitionRépandant l’idolâtre‖ et folle illusionSur la terre en tout lieu‖ disposée à les suivre,L’art se tailla des dieux‖ d’or, d’argent, et de cuivre ;Et l’artisan lui-même,‖ humblement prosternéAux pieds du vain métal‖ par sa main façonné,Lui demanda les biens,‖ la santé, la sagesse.Le monde fut rempli‖ de Dieux de toute espèce :On vit le peuple fou‖ qui du Nil boit les eauxAdorer les serpents,‖ les poissons, les oiseaux ;Aux chiens, aux chats, aux boucs‖ offrir des sacrifices ;Conjurer l’ail, l’oignon,‖ d’être à ses vœux propices ;Et croire follement‖ maîtres de ses destinsCes Dieux nés du fumier‖ porté dans ses jardins.Bientôt, te signalant‖ par mille faux miracles,Ce fut toi qui partout‖ fis parler les oracles ;C’est par ton double sens‖ dans leurs discours jetéQu’ils surent, en mentant,‖ dire la vérité ;Et sans crainte, rendant‖ leurs réponses normandes,Des peuples et des rois‖ engloutir les offrandes.Ainsi, loin du vrai jour‖ par toi toujours conduit,L’homme ne sortit plus‖ de son épaisse nuit.Pour mieux tromper ses yeux,‖ ton adroit artificeFit à chaque vertu‖ prendre le nom d’un vice ;Et par toi, de splendeur‖ faussement revêtu,Chaque vice emprunta‖ le nom d’une vertu.Par toi l’humilité‖ devint une bassesse ;La candeur se nomma‖ grossièreté, rudesse ;Au contraire, l’aveugle‖ et folle ambitionS’appela des grands cœurs‖ la belle passion ;Du nom de fierté noble‖ on orna l’impudence ;Et la fourbe passa‖ pour exquise prudence ;L’audace brilla seule‖ aux yeux de l’univers ;Et pour vraiment héros,‖ chez les hommes pervers,On ne reconnut plus‖ qu’usurpateurs iniques,Que tyranniques rois‖ censés grands politiques,Qu’infâmes scélérats‖ à la gloire aspirants,Et voleurs revêtus‖ du nom de conquérants.Mais, à quoi s’attacha‖ ta savante maliceCe fut surtout à faire‖ ignorer la justice :Dans les plus claires lois,‖ ton ambiguïté,Répandant son adroite‖ et fine obscurité,Aux yeux embarrassés‖ des juges les plus sagesTout sens devint douteux,‖ tout mot eut deux visages ;Plus on crut pénétrer,‖ moins on fut éclairci ;Le texte fut souvent‖ par la glose obscurci ;Et, pour comble de maux,‖ à tes raisons frivolesL’éloquence prêtant‖ l’ornement des paroles,Tous les jours, accablé‖ sous leur commun effort,Le vrai passa pour faux,‖ et le bon droit eut tort.Voilà comment, déchu‖ de sa grandeur première,Concluons, l’homme enfin‖ perdit toute lumière,Et, par tes yeux trompeurs‖ se figurant tout voir,Ne vit, ne sut plus rien,‖ ne put plus rien savoir.De la raison pourtant,‖ par le vrai Dieu guidée,Il resta quelque trace‖ encor dans la Judée.Chez les hommes ailleurs‖ sous ton joug gémissantsVainement on chercha‖ la vertu, le droit sens ;Car, qu’est-ce, loin de Dieu,‖ que l’humaine sagesse ?Et Socrate, l’honneur‖ de la profane Grèce,Qu’était-il en effet,‖ de près examiné,Qu’un mortel par lui-même‖ au seul mal entraîné,Et, malgré la vertu‖ dont il faisait parade,Très équivoque ami‖ du jeune Alcibiade ?Oui, j’ose hardiment‖ l’affirmer contre toi :Dans le monde idolâtre,‖ asservi sous ta loi,Par l’humaine raison‖ de clarté dépourvueL’humble et vraie équité‖ fut à peine entrevue ;Et, par un sage altier,‖ au seul faste attaché,Le bien même accompli‖ souvent fut un péché.Pour tirer l’homme enfin‖ de ce désordre extrême,Il fallut qu’ici-bas‖ Dieu, fait homme lui-même,Vînt du sein lumineux‖ de l’éternel séjourDe tes dogmes trompeurs‖ dissiper le faux jour.A l’aspect de ce Dieu,‖ les démons disparurent ;Dans Delphes, dans Délos,‖ tes oracles se turent ;Tout marqua, tout sentit‖ sa venue en ces lieux ;L’estropié marcha,‖ l’aveugle ouvrit les yeuxMais bientôt, contre lui,‖ ton audace rebelle,Chez la nation même‖ à son culte fidèle,De tous côtés arma‖ tes nombreux sectateurs :Prêtres, pharisiens,‖ rois, pontifes, docteurs,C’est par eux que l’on vit‖ la vérité suprêmeDe mensonge et d’erreur‖ accusée elle-même ;Au tribunal humain‖ le Dieu du ciel traîné ;Et l’auteur de la vie‖ à mourir condamné.Ta fureur toutefois‖ à ce coup fut déçue,Et pour toi ton audace‖ eut une triste issue.Dans la nuit du tombeau‖ ce Dieu précipitéSe releva soudain‖ tout brillant de clarté ;Et partout sa doctrine‖ en peu de temps portéeFut du Gange, et du Nil,‖ et du Tage, écoutée.Des superbes autels‖ à leur gloire dressésTes ridicules dieux‖ tombèrent renversés ;On vit en mille endroits‖ leurs honteuses statuesPour le plus bas usage‖ utilement fondues,Et gémir vainement‖ Mars, Jupiter, Vénus,Urnes, vases, trépieds,‖ vils meubles devenus.Sans succomber pourtant‖ tu soutins cet orage,Et, sur l’idolâtrie‖ enfin perdant courage,Pour embarrasser l’homme‖ en des nœuds plus subtils,Tu courus chez Satan‖ brouiller de nouveaux fils.Alors, pour seconder‖ ta triste frénésie,Arriva de l’enfer‖ ta fille l’Hérésie.Ce monstre, dès l’enfance‖ à ton école instruit,De tes leçons bientôt‖ te fit goûter le fruit.Par lui l’erreur, toujours‖ finement apprêtée,Sortant pleine d’attraits‖ de sa bouche empestée,De son mortel poison‖ tout courut s’abreuver,Et l’Église elle-même‖ eut peine à s’en sauver.Elle-même, deux fois,‖ presque toute arienne,Sentit chez soi trembler‖ la vérité chrétienne ;Lorsqu’attaquant le Verbe‖ et sa divinité,D’une syllabe impie‖ un saint mot augmentéRemplit tous les esprits‖ d’aigreurs si meurtrières,Et fit de sang chrétien‖ couler tant de rivières.Le fidèle, au milieu‖ de ces troubles confus,Quelque temps égaré,‖ ne se reconnut plus ;Et, dans plus d’un aveugle‖ et ténébreux concile,Le mensonge parut‖ vainqueur de l’Évangile.Mais, à quoi bon ici,‖ du profond des enfers,Nouvel historien‖ de tant de maux soufferts,Rappeler Arius,‖ Valentin et Pélage,Et tous ces fiers démons‖ que toujours, d’âge en âge,Dieu, pour faire éclaircir‖ à fond ses vérités,A permis qu’aux chrétiens‖ l’enfer ait suscités ?Laissons hurler là-bas‖ tous ces damnés antiques,Et bornons nos regards‖ aux troubles fanatiquesQue ton horrible fille‖ ici sut émouvoir,Quand Luther et Calvin,‖ remplis de ton savoir,Et soi-disant choisis‖ pour réformer l’Église,Vinrent du célibat‖ affranchir la prêtrise,Et, des vœux les plus saints‖ blâmant l’austérité,Aux moines las du joug‖ rendre la liberté.Alors, n’admettant plus‖ d’autorité visible,Chacun fut de la foi‖ censé juge infaillible ;Et, sans être approuvé‖ par le clergé romain,Tout protestant fut pape,‖ une Bible à la main.De cette erreur dans peu‖ naquirent plus de sectesQu’en automne on ne voit‖ de bourdonnants insectesFondre sur les raisins‖ nouvellement mûris ;Ou qu’en toutes saisons‖ sur les murs, à Paris,On ne voit affichés‖ de recueils d’amourettes,De vers, de contes bleus,‖ de frivoles sornettes,Souvent peu recherchés‖ du public nonchalant,Mais vantés à coup sûr‖ du Mercure galant.Ce ne fut plus partout‖ que fous Anabaptistes,Qu’orgueilleux Puritains,‖ qu’exécrables Déistes ;Le plus vil artisan‖ eut ses dogmes à soi ;Et chaque chrétien fut‖ de différente loi.La Discorde, au milieu‖ de ces sectes altières,En tout lieu cependant‖ déploya ses bannières ;Et ta fille, au secours‖ des vains raisonnementsAppelant le ravage‖ et les embrasements,Fit, en plus d’un pays,‖ aux villes désolées,Sous l’herbe en vain chercher‖ leurs églises brûlées.L’Europe fut un champ‖ de massacre et d’horreur.Et l’orthodoxe même,‖ aveugle en sa fureur,De tes dogmes trompeurs‖ nourrissant son idée,Oublia la douceur‖ aux chrétiens commandée,Et crut, pour venger Dieu‖ de ses fiers ennemis,Tout ce que Dieu défend,‖ légitime et permis.Au signal tout à coup‖ donné pour le carnage,Dans les villes, partout,‖ théâtres de leur rage,Cent mille faux zélés,‖ le fer en main courants,Allèrent attaquer‖ leurs amis, leurs parents,Et, sans distinction,‖ dans tout sein hérétique,Pleins de joie, enfoncer‖ un poignard catholique.Car quel lion, quel tigre‖ égale en cruautéUne injuste fureur‖ qu’arme la piété ?Ces fureurs, jusqu’ici‖ du vain peuple admirées,Étaient pourtant toujours‖ de l’Église abhorrées ;Et, dans ton grand crédit‖ pour te bien conserver,Il fallait que le ciel‖ parût les approuver.Ce chef-d’œuvre devait‖ couronner ton adresse.Pour y parvenir donc,‖ ton active souplesse,Dans l’École abusant‖ tes grossiers écrivains,Fit croire à leurs esprits‖ ridiculement vainsQu’un sentiment impie,‖ injuste, abominable,Par deux ou trois d’entre eux‖ réputé soutenable,Prenait chez eux un sceau‖ de probabilité,Qui, même contre Dieu,‖ lui donnait sûreté ;Et qu’un chrétien pouvait,‖ rempli de confiance,Même en le condamnant,‖ le suivre en conscience.C’est sur ce beau principe,‖ admis si follement,Qu’aussitôt tu posas‖ l’énorme fondementDe la plus dangereuse‖ et terrible moraleQue Lucifer, assis‖ dans sa chaire infernale,Vomissant contre Dieu‖ ses monstrueux sermons,Ait jamais enseignée‖ aux novices Démons.Soudain, au grand honneur‖ de l’école païenne,On entendit prêcher‖ dans l’Église chrétienneQue, sous le joug du vice‖ un pécheur abattuPouvait, sans aimer Dieu‖ ni même la vertu,Par la seule frayeur‖ au sacrement unie,Admis au ciel, jouir‖ de la gloire infinie ;Et que, les clefs en main,‖ sur ce seul passeport,Saint Pierre à tous venants‖ devait ouvrir d’abord.Ainsi, pour éviter‖ l’éternelle misère,Le vrai zèle au chrétien‖ n’étant plus nécessaire,Tu sus, dirigeant bien‖ en eux l’intention,De tout crime laver‖ la coupable action.Bientôt, se parjurer‖ cessa d’être un parjure ;L’argent à tout denier‖ se prêta sans usure ;Sans simonie, on put,‖ contre un bien temporel,Hardiment échanger‖ un bien spirituel ;Du soin d’aider le pauvre‖ on dispensa l’avare ;Et, même chez les rois,‖ le superflu fut rare.C’est alors qu’on trouva,‖ pour sortir d’embarras,L’art de mentir tout haut‖ en disant vrai tout bas ;C’est alors, qu’on apprit‖ qu’avec un peu d’adresse,Sans crime un prêtre peut‖ vendre trois fois sa messe,Pourvu que, laissant là‖ son salut à l’écart,Lui-même en la disant‖ n’y prenne aucune part ;C’est alors, que l’on sut‖ qu’on peut pour une pomme,Sans blesser la justice,‖ assassiner un homme…Assassiner ! ah ! non,‖ je parle improprement,Mais que, prêt à la perdre,‖ on peut innocemment,Surtout ne la pouvant‖ sauver d’une autre sorte,Massacrer le voleur‖ qui fuit et qui l’emporte.Enfin ce fut alors,‖ que, sans se corriger,Tout pêcheur… Mais, où vais-je‖ aujourd’hui m’engager ?Veux-je d’un pape illustre,‖ armé contre tes crimes,A tes yeux mettre ici‖ toute la bulle en rimes ;Exprimer tes détours‖ burlesquement pieuxPour disculper l’impur,‖ le gourmand, l’envieux ;Tes subtils faux-fuyants‖ pour sauver la mollesse,Le larcin, le duel,‖ le luxe, la paresse ;En un mot, faire voir‖ à fond développésTous ces dogmes affreux‖ d’anathème frappés,Que, sans peur débitant‖ tes distinctions folles,L’erreur encor pourtant‖ maintient dans tes écoles ?Mais, sur ce seul projet,‖ soudain puis-je ignorerA quels nombreux combats‖ il faut me préparer ?J’entends déjà d’ici‖ tes docteurs frénétiquesHautement me compter‖ au rang des hérétiques ;M’appeler scélérat,‖ traître, fourbe, imposteur,Froid plaisant, faux bouffon,‖ vrai calomniateur,De Pascal, de Wendrock‖ copiste misérable ;Et, pour tout dire enfin,‖ janséniste exécrable.J’aurai beau condamner,‖ en tous sens expliqués,Les cinq dogmes fameux‖ par ta main fabriqués ;Blâmer de tes docteurs‖ la morale risible ;C’est, selon eux, prêcher‖ un calvinisme horrible,C’est nier qu’ici-bas‖ par l’amour appeléDieu pour tous les humains‖ voulut être immolé.Prévenons tout ce bruit :‖ trop tard, dans le naufrage,Confus, on se repent‖ d’avoir bravé l’orage.Halte-là donc, ma plume.‖ Et toi, sors de ces lieux,Monstre à qui, par un trait‖ des plus capricieux,Aujourd’hui terminant‖ ma course satirique,J’ai prêté dans mes vers‖ une âme allégorique ;Fuis, va chercher ailleurs‖ tes patrons bien-aimés,Dans ces pays par toi‖ rendus si renommés,Où l’Orne épand ses eaux,‖ et que la Sarthe arrose ;Ou, si plus sûrement‖ tu veux gagner ta cause,Porte-la dans Trévoux,‖ à ce beau tribunalOù, de nouveaux Midas,‖ un sénat monacal,Tous les mois, appuyé‖ de ta sœur l’Ignorance,Pour juger Apollon‖ tient, dit-on, sa séance.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
173((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a hermaphrodite / maudite féminine, classiqueb hasardeux / deux masculine, classiquea insigne / maligne féminine, classiqueb imposteurs / lecteurs masculine, classiquea embarrassée / pensée féminine, classiqueb agréments / amants masculine, classiquea grossière / lumière féminine, classiqueb discours / secours masculine, classiquea m’inspire / Satire féminine, classiqueb noirceurs / sœurs masculine, classiquea audace / glace féminine, classiqueb langueur / vigueur masculine, classiquea fantastique / caustique féminine, classiqueb divertissant / menaçant masculine, classiquea boutade / Benserade féminine, classiqueb jour / cour masculine, classiquea folles / frivoles féminine, classiqueb détrompé / frappé masculine, classiquea ruelles / belles féminine, classiqueb badins / vertugadins masculine, classiquea Voiture / figure féminine, classiqueb charmant / justement masculine, classiquea aiguë / ambiguë féminine, classiqueb affecté / beauté masculine, classiquea ouvrages / badinages féminine, classiqueb travers / l’univers masculine, classiquea naissance / Toute-Puissance féminine, classiqueb flots / éclos masculine, classiquea pomme / homme féminine, classiqueb fatal / égal masculine, classiquea expérience / science féminine, classiqueb nudité / vanité masculine, classiquea terre / guerre féminine, classiqueb malheur / douleur masculine, classiquea rage / ouvrage féminine, classiqueb rabaissé / insensé masculine, classiquea engeance / vengeance féminine, classiqueb audacieux / cieux masculine, classiquea sauvée / conservée féminine, classiqueb suspendus / éperdus masculine, classiquea mensonges / songes féminine, classiqueb parts / regards masculine, classiquea ignorance / extravagance féminine, classiqueb superstition / illusion masculine, classiquea suivre / cuivre féminine, classiqueb prosterné / façonné masculine, classiquea sagesse / espèce féminine, classiqueb eaux / oiseaux masculine, classiquea sacrifices / propices féminine, classiqueb destins / jardins masculine, classiquea miracles / oracles féminine, classiqueb jeté / vérité masculine, classiquea normandes / offrandes féminine, classiqueb conduit / nuit masculine, classiquea artifice / vice féminine, classiqueb revêtu / vertu masculine, classiquea bassesse / rudesse féminine, classiqueb ambition / passion masculine, classiquea l’impudence / prudence féminine, classiqueb l’univers / pervers masculine, classiquea iniques / politiques féminine, classiqueb aspirants / conquérants masculine, classiquea malice / justice féminine, classiqueb ambiguïté / obscurité masculine, classiquea sages / visages féminine, classiqueb éclairci / obscurci masculine, classiquea frivoles / paroles féminine, classiqueb effort / tort masculine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb voir / savoir masculine, classiquea guidée / Judée féminine, classiqueb gémissants / sens masculine, classiquea sagesse / Grèce féminine, classiqueb examiné / entraîné masculine, classiquea parade / Alcibiade féminine, classiqueb toi / loi masculine, classiquea dépourvue / entrevue féminine, classiqueb attaché / péché masculine, classiquea extrême / lui-même féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquea disparurent / turent féminine, classiqueb lieux / yeux masculine, classiquea rebelle / fidèle féminine, classiqueb sectateurs / docteurs masculine, classiquea suprême / elle-même féminine, classiqueb traîné / condamné masculine, classiquea déçue / issue féminine, classiqueb précipité / clarté masculine, classiquea portée / écoutée féminine, classiqueb dressés / renversés masculine, classiquea statues / fondues féminine, classiqueb Vénus / devenus masculine, classiquea orage / courage féminine, classiqueb subtils / fils masculine, classiquea frénésie / l’Hérésie féminine, classiqueb instruit / fruit masculine, classiquea apprêtée / empestée féminine, classiqueb s’abreuver / sauver masculine, classiquea arienne / chrétienne féminine, classiqueb divinité / augmenté masculine, classiquea meurtrières / rivières féminine, classiqueb confus / plus masculine, classiquea concile / l’Évangile féminine, classiqueb enfers / soufferts masculine, classiquea Pélage / âge féminine, classiqueb vérités / suscités masculine, classiquea antiques / fanatiques féminine, classiqueb émouvoir / savoir masculine, classiquea l’Église / prêtrise féminine, classiqueb l’austérité / liberté masculine, classiquea visible / infaillible féminine, classiqueb romain / main masculine, classiquea sectes / insectes féminine, classiqueb mûris / Paris masculine, classiquea d’amourettes / sornettes féminine, classiqueb nonchalant / galant masculine, classiquea Anabaptistes / Déistes féminine, classiqueb soi / loi masculine, classiquea altières / bannières féminine, classiqueb raisonnements / embrasements masculine, classiquea désolées / brûlées féminine, classiqueb d’horreur / fureur masculine, classiquea idée / commandée féminine, classiqueb ennemis / permis masculine, classiquea carnage / rage féminine, classiqueb courants / parents masculine, classiquea hérétique / catholique féminine, classiqueb cruauté / piété masculine, classiquea admirées / abhorrées féminine, classiqueb conserver / approuver masculine, classiquea adresse / souplesse féminine, classiqueb écrivains / vains masculine, classiquea abominable / soutenable féminine, classiqueb probabilité / sûreté masculine, classiquea confiance / conscience féminine, classiqueb follement / fondement masculine, classiquea morale / infernale féminine, classiqueb sermons / Démons masculine, classiquea païenne / chrétienne féminine, classiqueb abattu / vertu masculine, classiquea unie / infinie féminine, classiqueb passeport / d’abord masculine, classiquea misère / nécessaire féminine, classiqueb l’intention / action masculine, classiquea parjure / usure féminine, classiqueb temporel / spirituel masculine, classiquea l’avare / rare féminine, classiqueb d’embarras / bas masculine, classiquea d’adresse / messe féminine, classiqueb l’écart / part masculine, classiqueb improprement / innocemment masculine, classiquea sorte / l’emporte féminine, classiqueb corriger / m’engager masculine, classiquea crimes / rimes féminine, classiqueb pieux / l’envieux masculine, classiquea mollesse / paresse féminine, classiqueb développés / frappés masculine, classiquea folles / écoles féminine, classiqueb ignorer / préparer masculine, classiquea frénétiques / hérétiques féminine, classiqueb imposteur / calomniateur masculine, classiquea misérable / exécrable féminine, classiqueb expliqués / fabriqués masculine, classiquea risible / horrible féminine, classiqueb appelé / immolé masculine, classiquea naufrage / l’orage féminine, classiqueb lieux / capricieux masculine, classiquea satirique / allégorique féminine, classiqueb bien-aimés / renommés masculine, classiquea arrose / cause féminine, classiqueb tribunal / monacal masculine, classiquea l’Ignorance / séance féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

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346 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Paris, Hachette, 1889· numérisation gallica.bnf.fr· Sources