Rapsodies, 1832· Rapsodies
Le Rempart
À AUGUSTUS MAC-KEAT, poète.
Car voilà, l’hyver est passé, la pluye est changée et
s’en est allée. Lève-toy, ma grand’amie, ma belle, et
t’en vien.La Bible.
Donnez-moi votre main,‖ asseyons-nous, ma belle,Sur ces palis rompus ;‖ tiens, vois la citadelleAu milieu des ravins‖ ainsi qu’un bloc géant ;De l’antique Babel‖ on dirait une marche,Ou, captive aux sommets‖ des montagnes, une archeFatiguant de son poids‖ l’univers océan.
Des qui vive ! lointains,‖ des cliquetis, écoute,Entends-tu ces clameurs‖ du fort à la redoute ?Là, des casques mouvants,‖ des forêts de mousquets,La herse qui gémit,‖ le bruit des huisseries :On dirait le donjon‖ semé de pierreries,À ces feux plus nombreux‖ qu’en de royaux banquets.
Tu vois, je t’obéis :‖ de mon indifférenceEs-tu contente assez ?‖ Pour moi, quelle souffrance !Être seul avec toi‖ sans t’accabler d’amours !Non, non, ça ne se peut,‖ tu m’apparais trop belle,Adieu tous mes serments ;‖ l’amitié fraternelleN’est point faite pour nous :‖ va, je brûle toujours !
Oh ! que tu es enfant !‖ Respecter des sottisesEt de fats préjugés ;‖ te courber aux bêtisesD’un monde qui nous hait,‖ et qui fait des vertusDont rougirait ton Dieu !‖ Crois-tu de la natureLa voix folle et trompeuse ?‖ Oh ! cesse ma torture,Si tu neveux régner‖ sur des murs abattus.
Or cet amour auquel‖ tu te montres revêche,En toi tout le décèle‖ et tout en toi le prêche ;Le galbe de ton sein,‖ ton regard souriant,Ton pas vite et léger,‖ ou ta molle paresse,Ton organe suave‖ et ta main qui caresse…Tout force à raffolir‖ le plus insouciant.
Avant nous, des amants,‖ qui, sur l’herbe discrète,Ont passé plus heureux,‖ sais-tu le nom ? coquette !Qui leur dira le tien ?‖ ce lieu ne trahit pas !Tu pleures maintenant :‖ oh ! délirante ivresse !Que ton silence est doux‖ à mon cœur qui s’oppresse ;J’étouffe do plaisir‖ dans l’anneau de tes bras !
Toi, qui fus si longtemps‖ écho de mon supplice,Nuit ! prolonge pour moi‖ cette nuit, ce délice.Que nos tourments sont longs,‖ que nos bonheurs sont courts !Oui ! je la bénirais,‖ j’embrasserais la bombeQui viendrait nous tuer‖ et creuser notre tombe.Mais la mort est pour moi‖ sans glaive et sans secours !
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a belle / citadelle féminineb géant / océan masculinec marche / arche fémininea écoute / redoute féminineb mousquets / banquets masculinec huisseries / pierreries fémininea indifférence / souffrance féminineb d’amours / toujours masculinec belle / fraternelle fémininea sottises / bêtises féminineb vertus / abattus masculinec nature / torture fémininea revêche / prêche féminineb souriant / insouciant masculinec paresse / caresse fémininea discrète / coquette féminineb pas / bras masculinec ivresse / s’oppresse fémininea supplice / délice féminineb courts / secours masculinec bombe / tombe féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rapsodies, M. Levy,Paris, 1868· numérisation poesies.net· Sources