Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
III. Le départ
Pourquoi, quand vous partez, tout ce flux de paroles ?Elles sont pour mon cœur trop vaines,trop frivoles ;Elles sont pour mon cœur, qui porte un poids si lourdDe tristesse, comme une insulte à tant d’amour.Quel devoir à vous-même âprement vous rappelle ?Quelle crise morale, à l’improviste, mêleA vos aveux passés un si cuisant regret ?Était-ce donc déchoir que m’aimer en secret ?Ai-je jamais troublé la paisible harmonie,La sereine douceur, l’air pur de votre vie ?Me suis-je plaint, un jour, d’ensevelir en moi,Lorsque vous l’exigiez, mon hommage et ma foi ?
Mieux que ces vains propos plaidera mon silence…Le vent auprès de moi plaintivement balanceLes bras de la glycine, et le svelte sapinGémit en inclinant dans l’air son cône fin…
Ne me dites plus rien. Laissez-moi dans mon âmeMe réchauffer encore à son ancienne flamme.Laissez-moi du bonheur éteint me souvenir.Alors, en invoquant un heureux avenir,Vous vous disiez la stèle où l’amour vrai se grave,De notre double chaîne adoriez les entraves,Et, docile à la voix inspirant votre cœur,Composiez pour nous deux le livre du bonheur.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources