Le Luth doré, 1911· Les reliques du cœur
Éloignement
Je demeure, ce soir, seul avec mes pensées,Puisque vous arrivez, là-bas, sous d’autres cieux.Mais les fleurs, par vos soins, en ces lieux disposées,Se fanent de chagrin de ne plus voir vos yeux.
Et pourtant, moins que moi, ces pâles ancolies,— Bien qu’elles aient connu la douceur de vos mainsSur leur hampe rigide ou leur tige qui plie —Souffrent, puisque sans vous désert est mon chemin.
Mon Dieu ! lorsque, tel un parfum, votre présenceEmbaumait ce logis, Rose de mon destin,Que j’ai peu respiré de sa subtile essence,Et que, près d’elle hélas ! j’étais pourtant lointain !
Maintenant qu’à jamais vous vous êtes enfuie,Je garde le désir inconsolable et vainD’abolir ce présent sans espoir, mon Amie,Et de ressusciter notre passé divin.
Et je donnerais tout ce qui me reste à vivrePour vous revoir encore à ce seuil déserté,O sachet merveilleux dont mon regret s’enivre,Et qui s’est de mon cœur follement écarté.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources