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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Luth doré, 1911· Rêves et méditations

Poème

Pierre de Bouchaud· 42 vers

Pour M. Alfred Jeanroy.

Par cet été pensif où les frêles roseauxAvec des gestes doux se penchent sur les eaux,Comme pour demander à leur miroir liquidePourquoi sous un vent âpre il se raye et se ride,Alors que le soleil, qui remplit tout le ciel,Décoche ses rayons et ses flèches de mielAux tendres arbrisseaux, à la jeune verdure,A l’herbe où l’agnelet près du chevreau pâture,Aux bois dont les bourgeons mettent dans le lointainDes tons de satin mauve et des lueurs d’étain •O mon âme, voyez en ces lieux votre vieMarcher le long du lac ou sur l’herbe fleurie,Docile et se mêlant au rythme radieuxUnissant dans ses lois les hommes et les Dieux…Écoutez-la mêler aux larmes de la sourceSes larmes et gémir sur la barbare courseDe l’aquilon brisant dans leur fragile hymenLes fleurs dont brusquement s’envole le pollen,Puis jetant aux rameaux tordus au fond des combesL’âpre grain de raisin ou le fruit vert qui tombe…Les plantes comme vous, ô mon âme, ont souffert.Elles se sont parfois, sous un destin de ferDont les doigts les blessaient, craintivement penchées.Alors même, pourtant, que croyant desséchéesOu mortes à jamais sa grâce et sa beauté,Chacune eût pu du Sort haïr la cruauté :Au sortir des assauts de la brusque rafale,Elles ont relevé, de nouveau triomphale,Pour admirer en face et contempler les cieuxLeur tige que revient baigner l’astre orgueilleux.

Mon âme, qu’avez-vous besoin d’un autre exemple ?Vivez comme les fleurs. La Nature est un Temple.Aux heures d’abandon tournez vers lui vos pas…Calmez et reposez dans l’abri des lilasVos lancinants désirs qui, semblables aux roses,Ont des dards acérés sous leurs pétales roses,Et qui, quand vous tentez de les prendre en passant,Font jaillir, les cruels, à grands flots votre sang…Vivez comme les fleurs, étant prête, comme elles,S’il faut que la tourmente affreuse vous harcelle,— Même au seuil de la Gloire où vous alliez quérirLa branche de laurier — : à simplement mourir.

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Luth doré, Paris, BERNARD GRASSET, 1911· numérisation gallica.bnf.fr· Sources